Vous avez seize ans et votre professeur de philosophie vous a pris en amitié. Souvent, vous allez souvent chez lui pour parler. Vous avez pour lui un immense respect.
C'est son épouse qui vous ouvre la porte, toujours. Elle est si belle que vous ne savez pas comment la regarder. Parfois, quand son mari est en retard, elle vous fait entrer dans la cuisine et là, vous parlez tous les deux. Elle vous interroge sur vous, vos études, vos passions. Elle est femme jusqu'au bout des doigts et, lorsqu'elle regarde ailleurs, vous osez regarder le corsage qui se soulève, ses reins et la masse de ses cheveux qui ruisselle sur son dos. Vous brûlez de fièvre et de désir. Le soir, dans votre lit, vous vous caressez le corps en pensant à elle. Vos rêves à son égard sont d'une extrême audace.
Vous l'aimez tellement qu'il faut que quelque chose se passe. Alors vous décidez de partir étudier à l'étranger, encouragé par votre professeur qui ne se doute de rien et ne voit que votre ambition. Il faut fuir, oublier le feu qui vous dévore. Le jour de votre départ, vous allez la voir. Elle vous embrasse maternellement et vous dit : "Ecris moi, je m'ennuie parfois tellement".
Pendant quatre années, vous lui envoyez des lettres sages qui racontent votre vie, vos études. Ce sont des lettres très correctes qui peuvent traîner sur le coin de sa table. Mais le soir, vous lui écrivez d'autres lettres et celles-ci sont brûlantes. Vous ne les lui envoyez pas, bien sûr.
Quatre ans après, vous sonnez à nouveau à la porte pour revoir votre professeur et c'est elle qui vous ouvre . Elle est si heureuse de vous retrouver ! Elle vous accueille, vous fait parler et vous reproche gentiment de ne pas lui avoir assez écrit.
Alors, vous tirez de votre poche vos lettres secrètes et les lui donnez. Elle prend le paquet, ouvre, lit. Cela dure très longtemps. Vous la voyez s'attendrir, sourire, pleurer et parfois rougir. Puis elle se lève, va à la fenêtre et vous la suivez. Elle se retourne et de son doigt, touche lentement votre visage, votre barbe naissante. Vos visages s'approchent et un instant, un court instant, vos lèvres se touchent, s'ouvrent un peu. Vos langues s'effleurent.
Elle recule, devient sévère et dit : "Ne fais plus jamais cela". Puis ses traits se détendent et c'est comme une moue de petite fille. Elle ajoute : "Je t'en supplie..."
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