Cela nous arrive parfois avec un jeune qui en a « dans le ventre », qui a un projet de vie qui lui tient à cœur : un métier, une mission, un projet chevillé au corps et à l’être. Nous avons envie qu'il réussisse, nous avons envie qu'il aille jusqu'au bout. Son projet nous paraît bon pour lui-même, pour le monde : oui, nous souhaitons de tout notre cœur sa réussite. Et nous lui disons : « je te souhaite du fond du cœur que ton désir prenne forme, qu'il se réalise concrètement. » Je peux aussi rajouter : « et si je peux faire quelque chose pour toi, ce sera bien volontiers ».
Désir ou volonté ? C'est son désir, et il le veut aussi. Inutile de disséquer les mots : on voit bien ce dont il s'agit.
Je pensais à cela ce matin en redidant encore une fois la prière de Jésus, le « Notre père ». Et depuis des mois - que dis-je, des années - je bute sur ce mot de « volonté ». Qu'est-ce que ça veut dire : « faire la volonté de quelqu'un » ? Je n'aime pas du tout ça. Car faire la volonté de quelqu'un, c'est aussi se soumettre. Je sais bien qu'il y a des soumissions qui en valent la peine, mais tout de même… Et puis, ma volonté à moi, la liberté, qu’est-ce qu'elle devient dans cette histoire ? Alors, pendant des années, j'ai buté sur cette expression utilisée par Jésus : « Que ta volonté soit faite ».
Et voilà que ce matin, de façon soudaine, je tombe sur le commentaire exégétique d'un moine bénédictin. Je glane cela sur Internet, c'est la curiosité, vous comprenez.
Et dans le texte original, je lis sous la plume de ce moine que le vrai mot de l'Évangile n'est pas « volonté », mais : « désir » : « que ton désir se réalise… »
Désir ! ça change tout ! C'est comme pour mon jeune dont j’ai envie que son désir s'accomplisse. Et si c'était la même chose pour Dieu ? S'il ne s'agissait pas de faire sa volonté par obéissance, par soumission, mais d'avoir avec lui cette attitude sympa qui consiste à redire la même phrase : « je te souhaite du fond du cœur que ton désir prenne forme, qu’il se réalise concrètement». Le sont les mêmes mots que l'on dirait au jeune homme. Parce que, comme pour ce jeune, le projet de Dieu me paraît bon pour moi-même, pour le monde. Jésus appelait « la venue royaume ».
Et ma prière change, me voici capable d’ajouter retenue à l’attention de Dieu: « …et si je peux faire quelque chose pour toi, ce sera bien volontiers ».
Tout change. Dire qu'il a m’a fallu des jours, des mois et des années de persévérance à peiner sur un simple mot : « volonté ». Puis tout d'un coup, et désir apparaît. n nouveau regard sur un mot prend à présent la parole vivante, créatrice, chaude.