Bouclez vos valises

Grands et petits voyages. Ce qu'ils m'ont inspiré

Les notes récentes

  • La bataille de Lépante
  • Lire à Epidaure
  • Le pont Eiffel
  • Retour à l'île de Pâques
  • Le grand glacier Perito Moreno
  • Villeneuve sur Fère
  • Voyage à l'île de Pâques - 2ème partie
  • Le 5ème démon habite à Macao
  • Voyage à l'île de Pâques - 1ère partie
  • Périple en est (novembre 2005)

À propos de l'auteur

Tous mes blogs BCV

  • Blog Notes principal
  • Bois Bronze Argile
  • Coaching - Conférences
  • François raconte
  • Quand chantent les bleuets
  • Sagesse et spiritualité

Les commentaires récents

  • michel sur Villeneuve sur Fère
  • Pierre-Etienne sur Le pont Eiffel
  • FIOCRET sur Villeneuve sur Fère
  • Laurent Berthod sur La bataille de Lépante
  • Claire sur Villeneuve sur Fère
  • Miranda sur Villeneuve sur Fère
  • Vernet Daniel sur Le pont Eiffel
Blog powered by TypePad
Membre depuis 03/2006

Archives

  • juillet 2006
  • juin 2006
  • mai 2006
  • novembre 2005

La bataille de Lépante

Patra_et_lpante_005 Lépante...

Je connaissais vaguement le nom. On m'en avait parlé comme de la plus grande des batailles navales entre les flottes turques et européenne. Je savais, ô culture générale, que Cervantès y avait perdu une jambe.

Et voilà que, au cours d'un voyage en Grèce, un soir au coucher du soleil, nous nous sommes arrêtés dans un petite village. Le petit port était superbe, l'arbre magnifique.

C'était Lépante.

Lépante fut la plus grande bataille navale depuis Actium. Elle opposa le 7 octobre 1571 au large du golfe de Patras la coalition chrétienne (flotte papale, vénitienne et espagnole, essentiellement) à la flotte du Grand Turc.

Pendant le cours de la bataille, le navire du commandant ottoman fut envahi et l'amiral décapité. Lorsque sa tête fut placée au bout du mat du navire principal espagnol cela contribua à détruire le moral turc.

Ah les sauvages !

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (1)

Lire à Epidaure

Epidaure_006 Il est des vieux endroits de souffle et de vent, des lieux où la parole sort des pierres. Ce sont les théâtres et, parmi eux, Epidaure.

Vous y accédez par une voie qui grimpe doucement, bordée de pins dont les branches remuent doucement au vent. Là, dans le soleil qui  meurt, entrez dans le théâtre creusé dans la colline, parlez et écoutez.

Aurez vous la chance d'être seule ? En tout cas, placez vous au centre, face aux gradins. Munissez vous d’un bon ouvrage de tragédie grecque, en français ou, si vous avez la chance de connaître le grec antique, récitez dans le texte.

Trouvez votre parole. Ne craignez pas l’espace sacré. Lisez, lisez à haute voix. Racontez les malheurs de Phèdre, d’Iphigénie et d’Electre. Parlez à haute voix et ne craignez pas : votre voix portera au-delà du haut des marches de pierre. Parlez à tous ceux qui, ici même, ont écouté le chant des passions humaines.

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (0)

Le pont Eiffel

Pont_eiffel Pour vous rafraîchir, ce paysage de neige à la Ferté Milon.

Au bout, il y a le tout petit  "pont Eiffel" (une dizaine de mètres). Eh oui ! Avant d'engager l'immense projet de sa tour, l'ingénieur avait commencé par un petit pont sur l'Ourcq, tout en bas de chez moi.

Ne méprisons pas nos travaux de début de vie. Ils sont souvent porteurs de grands fruits à l'âge mûr.

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (2)

Retour à l'île de Pâques

L'île de Pâques est de retour.

Akivi    Moai_renvers Tahai006

Moai_dans_sa_niche_1

Après le beau et grand voyage que nous avons fait en avril dernier et dont vous pouvez retrouver l'histoire sur ce blog, l'actualité s'intéresse à l'ile

1 ) Très intéressante émission samedi dernier sur ARTE. Vous pouvez la revoir sur artevod.com. Hélas, c'est payant (pas comme sur BLOG NOTES où tout est gratuit !)

2) EDF lance depuis le 11 juin une campagne de pub sur l'île de Pâques.

L'engouement pour l'île vient indéniablement de ce que nous projetons sur elle : un milieu naturel fragile qui peut être détruit par l'homme.

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (0)

Le grand glacier Perito Moreno

Perito_moreno_1 C'est une falaise de glace, crevassée, fissurée, haute de deux cent mètres.

Etonnant paysage du sud de la Patagonie, à une latitude de pays tempéré (léquivalent de l'écosse en Europe). Seule une configuration climatique et géographique toute particulière permet aux masses neugieuses descendant de la cordilière des Andes de former un glacier aussi immense.

On peut approcher le glacier  Perito Moreno par bateau. Pas trop près cependant, car si un morceau tombe, les vagues sont énormes.

Les yeux n'en finissent pas de capter les couleurs : du blanc le plus pur au bleu le plus foncé, comme si la glace avait été teinte avec de l'encre. Et la surface ! J'imaginais qu'un glacier avait une surface à peu près plane, avec quelques crevasses de temps en temps. Rien du tout ! Partout partout, des fissures, des éclats. Marcher là dessus est impossible.

Et l'on reste là, des dizaines de minutes, à attendre qu'un pan de glace de quelques centaines de tonnes tombe d'un seul coup.

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (0)

Villeneuve sur Fère

Villeneuve sur Fère est situé à 30 km de château Thierry. C’est un patelin triste, petit, avec une immense place au milieu du village. Personne, personne, personne. Pourtant, c’est l’été, il fait bon. Pas un passant, pas un tracteur, rien.

Dscn0657

Il y a juste un petit café avec, sur le côté, une impasse conduisant à l’église abandonnée et son cimetière.

Tout près, la maison que je cherchais. Elle n’est pas encore en ruines, mais ça n’en est pas loin. La voyez-vous la photo ?

Autrefois, dans cette maison, vivait un fonctionnaire petit bourgeois. Son nom : Claudel. Ses enfants : Camille et Paul. Une famille pleine de disputes, d’incompréhensions.

Je vois les deux enfants jouer dans cette cour.

Comment ce trou perdu du Tardenois et cette famille petite bourgeoise ont-ils pu accoucher de deux tels génies ?

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (4)

Voyage à l'île de Pâques - 2ème partie

VOYAGE A L'ILE DE PAQUES

&

SECONDE PARTIE

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Vendredi 7 avril 2006 - Côte sud de l’île, 10 h

Le loueur de voitures est le sympathique papa d’une toute petite fille que la maman allaite paisiblement dans le magasin. Nous faisons rapidement affaire et me voici au volant d’un 4*4 vieillot mais robuste.

Avec la découverte des principaux sites de l’île, la première partie de notre séjour est terminée. Nous allons maintenant revenir tranquillement aux endroits que nous aimons afin d’explorer, de rêver et de comprendre.

Akahanga_19_1

Il n’est que 11h et, déjà, il fait très chaud. Nous reprenons la route goudronnée sur la côte sud de l’île que nous avons déjà parcourue une fois et nous arrêtons à chaque départ de chemin qui va sur la droite, vers la mer. Des merveilles nous attendent : Moais couchés qui piquent du nez sur le sol, Ahus en ruines, criques sauvages où les vagues déferlent inlassablement sur les rochers noirs dans de prodigieux débordements d’écume. L’un de ces chemins mène dans une sorte de petit vallon de 300 mètres de long qui plonge vers la mer. A droite, deux grottes minuscules font des trous d’ombre. L’œil qui y plonge, après que le bâton, de marche ait écarté les toiles d’araignée, y découvre des ossements (non humains).

Rameaux001_1

Je furète de-ci delà autour des cavernes et trouve par terre deux outils d’obsidiennes. En els rangeant dans mon sac, je me coupe le doigt avec l’une d’entre elles. Serait-ce la vengeance des Moais ? Le dieu Make Make est-il courroucé ? Vais-je voir cette nuit la tête hideuse du Kavakava me terrifier dans d’horribles cauchemars ?

&

----------------------------------------------------------------------------------------------------

Vendredi 7 avril 2006 - Pension Maria Goretti, 21 h - Les livres

Trois livres nous accompagnent : le « Métraux » écrit en 1935, le « Heyerdal » de l’expédition de 1956 et le Mazières de 1965.

« L’île de Pâques », de Alfred Métraux, est le plus précis. Le sociologue a recueilli les témoignages de vieux pascuans dont les parents avaient assisté aux grands rites de l'homme-oiseau avant qu’ils ne disparaissent en 1866 et dont les grands parents avaient connu l’île avant la déportation de 1866 au Pérou. « Aku aku, le secret de l’île de Pâques » écrit par le norvégien Heyerdahl, se lit comme un roman, surtout dans les démêlés épiques et sympathiques noués avec la population. Ah ! Ces expéditions nocturnes dans les cavernes pascuanes ! Les fouilles archéologiques ont permis de comprendre la fabrication des Moais et l’ancien art pascuan de statuettes familiales précieusement conservées dans le secret des cavernes familiales qui parsèment toute l’île.

Aku_aku

Dois-je le dire ? Je n’ai pas aimé le livre de Francis Mazières « Fantastique île de Pâques » qui a pourtant contribué à créer la légende pascuane en France. Mazières a une façon de se poser en juge du bien et du mal qui m’a déplu, même si je trouve que ce qui s’est passé à la fin du 19ème siècle et au 20ème est inexcusable.

&

---------------------------------------------------------------------------------

Vendredi 7 avril 2006 - Cinéma de Hanga Roa, 21 h 

Le vendredi soir est un moment culturellement chargé avec deux spectacles au village, l’un de danses traditionnelles et l’autre de cinéma en français. Nous n’hésitons guère : le folklore local est directement importé de Polynésie alors que le film de Kevin Costner relate de façon romancée le début de la guerre civile pascuane.

Rapa_nui Entrons. La salle de cinéma se trouve dans un hôtel et comprend une trentaine de places, avec des fauteuils individuels comme dans un salon et, au fond, quatre canapés sur lesquels sont déjà assis cinq ou six français.

Le film « Rapa Nui » est splendide et remuant Tourné en 1993 sur l’île il reprend l’hypothèse ethnologique des deux clans « courtes oreilles » et « longues oreilles » en la mêlant au rite annuel de l’homme oiseau qui n’a été introduit que postérieurement à la guerre civile. Il reprend également l’hypothèse d’un transport des Moais en position debout, sur un traîneau de rondins.

L’intrigue est simple. Depuis longtemps, le clan des « courtes oreilles » sculpte et transporte les Moais pour le compte du clan dominant des « longues oreilles ». Cette année là, le petit fils du chef des « longues oreilles » accepte d’entrer dans la compétition de l’homme oiseau. Comme prix en cas de victoire, il demande à son grand père de briser un tabou et d'épouser celle q’il aime, une « courte oreilles ». Mais son rival amoureux, un « courtes oreilles », ne l’entend pas de cette oreille (si l’on peut dire). Il attise la révolte de son clan et présente ses revendications en cas de victoire 1) participer lui aussi à la compétition et 2) avoir la belle.  « D’accord, dit le chef de l’île, un longues oreilles, mais vous devrez d’abord construire en six lunes un immense Moai. »

Le film montre l’exploit. Le moment le plus tragique se situe lorsque les « courtes oreilles », pour transporter le Moaï, détruisent les derniers arbres de l’île.

Puis on voit la compétition de l’homme oiseau, remarquablement tournée. C’est le « longues oreilles » qui l’emporte en finale, provoquant la révolte des courtes oreilles et le massacre de l’ancien clan dominant dans le fameux « fossé », ainsi que les premiers actes de cannibalisme. Le héros principal s’en sort en quittant l’île en pirogue avec sa femme qui entre temps a accouché d’un bébé. Et c’est parti pour 3000 km de navigation. Les acteurs principaux sont des polynésiens. Les pascuans, comme ils l’ont fait chaque fois que des étrangers font revivre l’histoire de l’île, se sont beaucoup intéressés à l’aventure du tournage et ont tourné comme figurants.

&

-----------------------------------------------------------------------------------------

Samedi 8 avril 2006 - Supermarché de Hanga Roa, 11 h

Nous avons enfin trouvé le supermarché des pascuans locaux, un grand hangar au sud du village. C’est un peu moins cher qu’ailleurs. Les marchandises sont bien rangées sur le devant, puis c’est de plus en plus fouillis au fur et à mesure que l’on va vers le fond du hangar. Nous faisons nos emplettes pour notre pique nique au nord de l’île.

Alors que je fais peser les bananes à la caisse je m’aperçois qu’une d’elles est restée en rade dans mon panier. Mais la caissière nous tend la banane et dit à Hélène :

« Tiens, maman, ça te fera du bien. »

Quand je vous dis qu’ils sont charmants, ces pascuans !

&

----------------------------------------------------------------------------------------

Samedi 8 avril 2006 après midi - Grand volcan Terevaka

Nous avons passé la matinée en revenant flâner à Ranu Kao, la carrière des Moais*. Mais dès que l’air ne circule plus en brise, la chaleur devient insupportable. Dès midi, nous prenons notre pique nique dans un endroit ombragé joliment arrangé à cet effet. Les vendeuses de statuettes nous reconnaissent et nous bavardons en mauvais espagnol. Ici, il faut marchander et les pascuans sont durs en affaire. Mais les liens se tissent. Comme partout au monde quand il faut acheter un habit, les gestes simples se trouvent facilement dès qu’est connu le destinataire du cadeau. Le plus facile, c’est de mimer une femme enceinte pour demander une robe de grossesse.

Un peu plus loin, nous apercevons le chauffeur du minibus qui nous a conduits les deux premiers jours et est revenu ici avec un autre groupe. Il nous traite en vieille connaissance et nous assure que l’on peut facilement monter au grand volcan qui domine l’île. « De là, nous dit-il, vous verrez toute l’île ainsi que l’horizon. »

Terevaka_03

Va pour le volcan. Nous revenons au centre de l’île et empruntons la piste qui zigzague centre de l’île. Nous dépassons d’abord les sept Moais de Akivi* qui regardent vers la mer puis la grimpette commence. Ouille ! Le 4*4 saute d’ornière en ornière, s’incline, rugit. Nous dépassons un groupe d’enfants et je me désole de leur envoyer la poussière que soulève le véhicule. Peu à peu, la température fraîchit. Les arbres disparaissent et nous grimpons toujours. Le paysage est très vert et les collines sont douces. On dirait un paysage bien  français de montagne à vaches.

Voici enfin le sommet, nu comme la main. Un couple de personnes encore jeunes (c'est-à-dire de notre âge) y contemple l’île. Nous bavardons. Ce sont des chiliens qui ont voulu grimper à pied. « Quelle montée !» soupirent-ils.

Terevaka_09

De cet endroit, toute l’île est visible. Dieu, que c’est petit ! Une fois encore, je reste stupéfait de ce qu’a pu produire ce peuple qui a vécu ici loin de tout, complètement isolé, pendant des siècles. Merveilles artistiques, et drames humains dans un si petit territoire…

Nos chiliens sont épuisés et nous demandent de les reconduire jusqu’au village. Pas de problème, tout le monde à bord !

Si la montée fut rude, la descente est cahotique. Le chemin se perd dans les herbes, plonge dans des trous, sursaute aux racines d’eucalyptus, s’enfonce et bondit. A l’arrière, les chiliens endurent, stoïques.

Nous rentrons à la pension moulus, fourbus, brisés.

&

--------------------------------------------------------------------

Dimanche 9 avril 2006, messe des rameaux

« Allez à l’office protestant, nous avait conseillé une Tahitienne de passage. Vous y entendrez des chants magnifiques. »

Partis à 9 h de chez Maria, nous tournons et retournons dans le village car chaque habitant nous indique une direction différente. Pourtant, il n’y a guère qu’une dizaine de rues, Il semble qu’il y ait en fait deux temples, dont celui de l’église évangélique. Nous le trouvons finalement, après avoir contourné la piste de l’aéroport. Il est silencieux. Ce n’est pas grave : allons à la messe catholique ! (de toute façon, à l’île de Pâques, rien n’est grave).

Rameaux042

Le devant de l’église est noir de monde. Des vieux discutent. Tout le monde est joliment habillé de blanc ou de couleurs, les hommes sont en pantalons, les femmes en robe.  Nous entendons de très beaux chants venant de l'intérieur et tout d’un coup, je réalise que ce sont aussi ceux transmis par la radio locale dans le 4*4 (88,9 Mhz, presque pareil que France Inter).

La première messe est en train de s’achever et les fidèles sortent en bavardant. Nous entrons et attendons la seconde messe de 11 h en regardant l’ornementation intérieure. Il y a là de très belles statues en bois qui mélangent sans problème les représentations catholiques traditionnelles et l’art pascuan ancien. Le saint François a un visage de Moai et l’archange Saint Michel une magnifique tête d’homme oiseau.

Rameaux048 Rameaux052

La messe est fervente, très belle. La chorale locale chante à pleine gorge. Les gens nous regardent et nous saluent aimablement. A la sortie, nous bavardons un instant avec le curé qui s’exclame : « des Français ! Savez vous que Eugène Eyraud était français ? »

Maria, notre logeuse, bavarde avec une amie. Nous les prenons en photo. Etrange femme que notre logeuse. A la fois généreuse et femme d'affaires, amicale et distante.

Un peu plus tard, quand je lui demanderai de me céder l’un des beaux Moais en bois dont nous avons déjà convenu du prix, elle me dira « combien t’ai-je déjà dit en pesos ? », comme si elle me laissait maître du prix alors qu’elle connaît fort bien la somme.

Rameaux053

&

&

&

&

&

&

-------------------------------------------------------------------------------------

COUCHER DE SOLEIL A MATAVERI

Mataveri était autrefois un village d'où l'on montait au volcan pour les rites de l'homme oiseau. Il est maintenant annexé à Hanga Roa et a donné son nom à l'aéroport. On n'y est cependant pas gêné par le bruit des avions, deux par jour tout au plus.

Nous allons regarder le coucher du soleil. Silence et beauté.

Rameaux028

&

&

&

&

&

&

-------------------------------------------------------------------------------

mardi 11 avril 2006 - Ahu de Tongariki, 5 h du matin

A 5 h du matin, je m’extirpe du lit et enfourne un morceau de pain en guise de petit déjeuner. Puis je pars avec le 4*4 dans la nuit noire. Un poème me trotte dans la tête, inspiré d’un vieux texte de la culture Rapa nui lu hier soir.

J’ai copulé avec une poule

Il parait que ça ne se fait pas

J’ai découpé la poule

Ai mis les morceaux dans une cuvette d’eau

Un enfant y est né

Il a le sourire des bébés du soleil

La nuit est si sombre que je dois me fier à ma connaissance de la route côtière acquise depuis huit jours. Mon but est d’assister au lever du soleil à la crique de Tongariki, le site le plus fantastique avec ses quinze Moais dressés le dos aux vagues. Je roule lentement et bien m’en prend car un troupeau de chevaux s’y est arrêté. Il s’écarte lentement pour me laisser passer.

Finalement, comme je n’y vois goutte et ne sais plus si j’ai atteint ou dépassé l’endroit, je m’arrête au bord de la mer et attends la lumière de l’aube. Le fracas des vagues contraste avec la  silencieuse tranquillité de l’intérieur de l’île.

J’attends et invente un autre poème, tiré d’une coutume légendaire de l’île lue chez Heyerdal.

Celle que j’aimais est morte morte

On m’a mis un rat dans la bouche

Une pagaie tranchante dans la main droite, un caillou dans l’autre.

J’ai fait le tour de l’île en courant, je pleurais

J’ai tué tous ceux que je rencontrais pour apaiser mon chagrin.

Le jour paraît enfin, blême. Je poursuis ma route et vois la silhouette fantomatique des quinze grands Moais de Tongariki se découper peu à peu sur la mer.

La pluie se met à tomber et les statues apparaissent comme de grands enfants effrayés auxquels on aurait arraché les yeux pour les punir de je ne sais quel forfait. Le paysage est triste et désolé.

Cette fois, c’est la grosse pluie qui se met à tomber. Sans attendre la pleine lumière du jour, je retourne au village. Je reviendrai ici au premier de l’an, avec tous les pascuans. L’un d’eux m’a dit que ce jour là, le soleil se levait exactement au centre des quinze Moais.

&

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

CIMETIERE DE HANGA ROA, mardi 11 avril

En contrebas du village et en bord de la mer, nous parcourons le petit cimetière. Il s’en dégage une immense paix. La plupart des tombes sont très simplement arrangées. Quelques gros cailloux et des croix simples ornées selon la coutume pascuane : poissons, hommes oiseaux.

Un homme un peu âgé passe et nous dit : « je viens pour mon père, il est mort la semaine dernière ».

Parmi les tombes, je remarque celle d’un jeune enfant, bouleversante avec son nounours posé sous la croix.

Chiu033

&

&

&

&

&

&

---------------------------------------------------

PENSION MARIA GORETTI, 12 avril

Je prends quelques nouvelles de l'Europe sur Internet. Nous avons laissé la France en plein désordre CPEesque et l'ébulltion semble retombée.

Berlusconi a perdu les élections. Je rentre o la ppnsion et annonce la nouvelle à l'italien qui aide Maria pour son administration. Il danse de joie : "questo ladrone..!!"

Dpart005

&

&

&

&

--------------------------------------------------------------------

&

BANQUE DE HANGA ROA - mercredi 12 avril 2006, 9 h 30

Troisième passage à la banque, car Maria demande qu’on lui paie le séjour en pesos alors que les retraits journaliers au guichet sont drastiquement  limités. J’ouvre ma pochette de voyage qui ne me quitte jamais pour y prendre passeport et carte Visa. Holà ! Ma carte n’est plus là ! Je fouille et refouille. Serait-ce un coup de ma distraction ? J’ai dû la laisser hier au guichet du banquier. Allons et demandons.

J’entre et vais vers le guichet lorsqu’une voix féminine me hèle :

― C’est à vous ?

Dans un mauvais français, une pascuane m’explique en riant qu’elle a vu hier ma carte sur le sol à ma sortie de la banque. Elle l’a ramassée et la rapporte ce matin.

― J’ai vu écrit « François » sur la carte, me dit-elle, comme le prénom de mon tonton.

Je n’ai guère eu le temps d’avoir peur et ce n’est que plus tard que j’aurai rétrospectivement la frousse à l’idée de me trouver sans argent à l’autre bout du monde. En attendant, je demande à Pamela (c'est son nom) comment je peux la remercier. Je m’apprête déjà à lui donner une somme confortable mais elle dit :

― Rien du tout. Priez pour moi.

Nous bavardons. Elle m’explique qu’elle soigne les gens par les plantes et que de nombreux français viennent la consulter. Comme nous nous séparons, elle répète dans un sourire

― Priez pour moi.

La prière, cette dette. Une nouvelle fois aujourd’hui, je prierai donc pour les personnes auxquelles je suis éternellement redevable, celles qui m’ont aidé alors que j’étais dans le besoin, le souci ou le malheur.

(Ci-dessous, photo de Pamela, de sa fille et de Hélène Reuss)

Motu_nui088

&

&

-----------------------------------------------------

VALLON DES OBSIDIENNES - Mercredi 12 avril 2006, midi

Nous retournons dans un petit vallon qui donne sur la mer et où j’ai trouvé vendredi dernier deux magnifiques outils en obsidienne de l’ancienne époque. Il fait une chaleur étouffante. Par terre, de multiples éclats jonchent le sol. Toutes les obsidiennes viennent, paraît, il, d’une seule carrière située sur un flanc du volcan Rano Kau.

Les outils auraient donc été apportés ici. Ils servaient à découper les aliments… et les cadavres. Car les anciens pascuans (lorsqu’ils ne mangeaient pas les corps en cannibalisme guerrier), séparaient la chair des os et faisaient sécher ceux-ci de longues semaines sur de petites plates formes à proximité des Ahu. Puis ils les glissaient dans des ouvertures à l’intérieur de ceux-ci.

&

----------------------------------------------------------------------------------------

LES ENSEIGNEMENTS DE CHIU - mercredi 12 avril 2006

« Pour comprendre l’histoire de la guerre civile du 17ème siècle, nous dit Chiu, la jeune guide « certifiée » dont nous avons requis la science en cet avant dernier jour sur l’île, il faut la comparer à la révolution française. Pendant des centaines d’années, les tribus ont vécu sur l’île et l’une d’elles était la tribu royale. Puis un jour, vers 1680, les autres tribus se révoltent. S’ensuit une guerre qui dure quelques dizaines d’années, avec des destructions de Moais et des tueries. A la fin de la guerre, les tribus s’accordent pour attribuer le pouvoir de façon « démocratique » par la compétition de l’homme oiseau qui dure jusqu’en 1868 puisque le premier missionnaire de l’île, le frère Eyraud, y assista. »

Nous montons doucement la pente du volcan Raraku. C’et la fin de l’après midi, il fait très doux. Le soleil est voilé par de nombreux nuages et quelques gouttes de pluie contribuent à rafraîchir l’atmosphère  lourde de cette fin d’après midi.

Pques048

                

« Du Xème au 17ème siècle, poursuit-elle, chaque tribu fit ériger ses Moais. Chaque tribu avait son emplacement dans la carrière et s’efforçait d’avoir les Moais les plus grands. »

Devant la niche où l’on voit la moitié d’un Moai creusé dans la roche, elle nous explique comment une dizaine d’hommes sculptaient la statue.

« Ils effectuaient la première ébauche à même le roc. Ce que vous voyez est déjà assez achevé. »

Moai_dans_sa_niche

De fait, on distingue nettement le nez, le front, le torse.

« Puis ils creusaient derrière la statue et dessous, en laissant juste une sorte de quille de navire.

En détruisant celle-ci, ils libéraient le Moai, le faisaient pivoter au besoin, puis le faisaient glisser quelques dizaines de mètres plus bas, jusqu’à une fosse où elle basculait pour se tenir debout. »

Elle nous montre des  photos tirées du livre de Heyerdahl que nous connaissons déjà. De fait, le Moai y est présenté vertical.

Heyerdahldebout

« Heyerdahl, par ses fouilles et celles qui ont suivi, a montré que toutes les têtes de statues que vous voyez sur les photos ne sont en fait que la partie « émergée » (si l’on peut dire pour de la terre) des Moais de la carrière. Peu à peu, l’érosion a apporté des matériaux qui ont comblé les trous destinés aux Moais. A cet emplacement, poursuit Chiu, avait lieu la finition des Moais. » Ceux que vous voyez sont inégalement achevés. Certains ont le dos sculpté, ainsi que les longues oreilles. D’autres non. »

Je demande

« Et le transport ?

­ Thor Heyerdahl a tenté d’effectuer un transport couché, mais sur une faible distance et pour un petit Moai. Alors, si incroyable que cela puisse paraître à un esprit occidental, il est bien possible qu’ils aient été transportés debout. Deux éléments le laisseraient penser : la présence des fosses en bas de la carrière, où on les installait verticalement, et la légende orale qui prétend qu’ils avancent debout, en crabe, par le pouvoir magique du Mana* du roi. »

J’objecte

« Cela revient à déplacer une quille de cent tonnes. Au moindre basculement, la quille tombe.

­ Pas forcément, réplique Chiu. Pour savoir comment, pensez à la façon dont vous faites pour installer un frigidaire. Vous le faites basculer légèrement d’un côté, le faites avancer un peu, puis répétez l’opération. Heyerdahl, avec un esprit scientifique louable, abandonna sa première idée et, en en 1996, fit transporter en un mois un Moai d’un bout à l’autre de l’île en le faisant se dandiner de cette façon. »

Nous poursuivons la grimpette. Je demande 

« Et pourquoi cette « révolution » ?

- La surpopulation, dit elle. Chaque tribu pensa que, pour survivre, il fallait annexer le territoire de la tribu voisine.

Puis elle revient au présent et nous explique l’île actuelle.

« L’identité pascuane est très forte, nous dit-elle, et la solidarité n’est pas ici un vain mot. Nous avons un conseil des vieux et l’an dernier, par exemple, nous sommes tous élevés contre la construction d’un casino. Nous agissons aussi pour limiter le nombre de touristes car l’écologie naturelle, le manque d’eau et la production limitée d’électricité interdit de trop nombreux arrivants. Nous savons que l’île ne peut pas être indépendante, car nous dépendons trop des transports par avion et n’avons aucune autonomie en nourriture et en énergie. Et puis, nous avons un atout de taille : le territoire appartient soit au gouvernement, soit aux pascuans pour lesquels la transmission de propriété repose sur un système familial complexe. Ici, un étranger ne peut donc pas acheter de terrain.

Nous aimons notre île. Les jeunes qui partent étudier au Chili ou ailleurs reviennent vivre sur l’île. C’est paisible. »

Chiu est comme son peuple : paisible. Nous quittons la carrière de Moais et lui disons adieu dans la nuit noire;

&

--------------------------------------------------------------------

VOULEZ VOUS ETRE UN HOMME OISEAU ?

(brève synthèse du rite annuel de l'homme oiseau tel qu'il eut lieu pendant deux siècles, jusqu'en 1868)

Entendons nous bien. Je ne vous propose pas de devenir « Tangata manu » (homme oiseau), mais de concourir en tant que « Hopu » pour le compte de celui-ci. Vous aurez le travail, il aura le statut. C’est vous qui irez chercher l’œuf, c’est lui qui sera homme-oiseau.

Si vous réussissez, votre patron (le « Tangata manu ») aura pendant un an la faveur divine et un certain pouvoir politique. Mais son sort ne sera guère enviable pendant cette année là: solitude, célibat etc.

Votre tâche ?  Rapporter un œuf (non cassé, évidemment) de l’île de Motu nui, à quatre cent mètres en mer de la falaise du volcan Ranu kao.

Première épreuve : votre « patron », le Tangata manu, doit d'abord être choisi en songe par les prêtres.

Seconde épreuve

Montez jusqu’au volcan en procession avec votre Tangata manu. Là haut, assistez à un spectacle de femmes nues dansant de façon obscène.

Troisième épreuve

Descendez à toute allure la falaise. La plupart du temps, c’est à pic. Si vous glissez, vous tombez et mourez.

Quatrième épreuve.

Jetez vous à la mer et nagez à toute vitesse en poussant devant vous un flotteur en jonc dans lequel on a mis un peu de nourriture pour survivre sur l’îlot de rochers.

Motu_nui_04

Cinquième épreuve

Débarquez sur l’îlot de Matra nui. Les vagues s’y brisent sur les rochers. Blessures possibles.

Sixième épreuve

Survivez en attendant de trouver l’œuf d’hirondelle de mer, Manu tara. Aurez-vous assez à manger et à boire ? Ne jetez pas vos pelures de patates douces ni la peau de vos bananes. Vous serez bien content de les sucer pour ne pas mourir de faim.

Si vous êtes trop affaibli, allez mourir dans l’une des petites cavernes. Vous y trouverez les os de beaucoup de vos prédécesseurs.

Peut-être viendra le moment tant attendu : vous serez le premier à trouer l’œuf. Poussez un cri assez fort pour qu’il soit entendu du haut d la falaise d’Orongo, à cinq cent mètres de distance ( 300 mde haut et 400 m de mer font 500 m à vol d’oiseau – c’est le cas de le dire -, ainsi dit le théorème d’Archimède). Trempez l’œuf dans la mer, puis enveloppez le dans un bandeau ad hoc que vous attacherez sur votre front. Surtout, ne le cassez pas, Septième épreuve

Mettez vous à l’eau et nagez vers le bas de la falaise. Courant, requins etc. voir quatrième épreuve.

Huitième épreuve ! Grimpez la falaise sans vous casser la figure (voir troisième épreuve) et donnez l’œuf à votre Tangata manu.

Ça y est, il est « homme oiseau » ! Vous lui passez la main.

Il devra alors accomplir quelques rites : se raser la tête, les cils et les sourcils, vous barbouiller de rouge et de noir et descendre en cortège vers le bas du volcan côté île (c’est en pente douce). Là, il assistera aux sacrifices humains, c’est à dire que l’on mangera les hommes désignés par les prêtres et cuits dans d’énormes fours souterrains. Soyez sans crainte : votre tribu, dopée par le succès, narguera sans complexe les autre tribus. Tueries garanties, cannibalisme etc.

Votre Tangata manu partira ensuite loger dans une caverne près de la carrière des sculpteurs. Interdit de bouger, de se baigner. Sexe interdit aussi, bien sûr. Il devra porter une perruque de femme. Seul privilège objectif : on lui apportera à manger.

Quels seront ses pouvoirs ? D’abord, il donnera son nom à la nouvelle année. Ensuite, dans les fêtes, il pourra voler tout ce qu’il veut à qui il veut. Et, bien sur, s'il meurt, il aura des funérailles différentes du commun des mortels, en présence de ses distingués confrères hommes oiseaux à d’autres années.

Quant à vous, vous serez un héros, mais en paierez le prix. Car votre main qui a touché l’œuf est devenue sacrée. Pendant plusieurs mois, vous ne pourrez toucher aucun aliment. Votre famille sera traitée en paria. Ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça.

Telle est l’histoire des hommes oiseaux, telle qu’elle s’est transmise au fil des siècles. Et Pamela, notre femme de chambre à la pension Maria Goretti nous a assuré fièrement que son ancêtre, par deux fois, avait reçu cette distinction.

Vous allez me dire : concourir pour l’homme oiseau comme Hopu, comportait beaucoup de risques et d’ennuis pour pas grand-chose en finale! Je » vous dirai : depuis quand cherche t’on à l'île de Pâques des bénéfices matériels? Construire et balader des statues de pierre de plusieurs dizaines de tonnes, ça n’a pas non plus apporté objectivement grand-chose d’objectif. Pourtant, ils l’ont fait.

&

-----------------------------------------------------------------------------------

TAVERNE DU PECHEUR - Mercredi 12 avril 2006, 20 h

Après avoir rendu le 4*4 à notre loueur, nous nous dirigeons vers le bas du village de Hanga Roa, à la « taverne du pêcheur ». Le patron s’appelle Gilles. C’est un gros homme avec un sacré caractère qui nous accueille de façon bonasse. « Il ne me reste plus qu’une seule table,  nous dit-il, vous avez de la chance.» Dix minutes plus tard, il dit la même chose à de nouveaux arrivants, jusqu’à ce que son restaurant soit plein.

Il n’empêche : la cuisine est fameuse. Mieux que cela : inouïe. Poissons et crustacés arrivent, magnifiquement disposés, savoureux et accompagnés de légumes frais de l’île : patates douces, concombres. Le vin blanc chilien, un cabernet, est digne de tous les éloges.

&

----------------------------------------------------------------------------------------------------------

MUSEE SEBASTIAN ENGLERT -  jeudi 13 avril 2006 (dernier jour 8 h)

Les valises sont prêtes. Dans le matin qui pointe, je marche à grandes enjambées vers le musée Sebastian Englert. J’ai eu du mal à prendre ma décision à propos des deux magnifiques couteaux en obsidienne que j’ai trouvés à même le sol, sur la côte sud de l’île.

Dpart002

Ils sont très beaux et je les aurais bien emportés avec moi. J’admire ceux qui l’auraient sans hésitation donné au musée et ai quelque gêne à l’avouer : j’ai hésité. Vous savez, toutes ces raisons que l’on s’invente pour échapper à l’éthique…

Personne ne saura… Il doit y avoir des centaines d’outils de ce genre sur l’île… Les douaniers ne fouilleront pas mes bagages… L’objet va être rangé dans un arrière coin de musée… Cela ne fera ni chaud ni froid à personne…

Me revient cette parole de Sebastian Englert : « Le vol est pire que la mort. Car

tout le monde est obligé de mourir, mais personne n’est obligé de voler ».

&

-----------------------------------------------------------------

AEROPORT DE MATAVERI - jeudi 13 avril 2006, 11h

C'est le départ.

Retour_4

A moitié vide, l’avion pour Santiago tarde à décoller. A l’embarquement, le personnel s’est montré de cette gentillesse pascuane dont nous ne finissons pas de nous émerveiller.

Qu’avons-nous appris ici ? Plus importante que la découverte  d’une culture disparue, c’est sans doute la façon dont ce peuple qui s’est autrefois entretué atteste à présent d’une efficacité tranquille et souriante.

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (0)

Le 5ème démon habite à Macao

Une visite au casino de Macao dans les années 1980

Extraits : Graves, imperturbables et presque fatigués, les joueurs saisissent les cartes que leur tend la meneuse de jeu...

− C'est stupide, chuchotai je à mon compagnon. Ils ont  toutes leurs cartes en main et ne les regardent pas !

J'ai oublié le démon ! Retourner les cartes et les voir comme on  fait dans les jeux familiaux du dimanche n’a ici pas de sens. La rencontre avec le hasard est un pas de danse où le hasard s’amuse avant de posséder. La chance est une femme qui se déshabille d’un seul coup. Retourner les cartes pour voir la nudité du jeu abîmerait le plaisir du strip tease. II n'empêche, je bous...

Document word : Download Macao.doc

Rappel des démons

1er démon : l’ivresse du pouvoir

2ème démon : fric, fric, fric

3ème démon : baise, baise, baise

4ème démon : à quoi bon ?

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (0)

Voyage à l'île de Pâques - 1ère partie

Voyage à l'île de Pâques du 31 mars au 15 avril 2006.

(via le Chili)

PREMIERE PARTIE

Rédigé par François Delivré à partir des réflexions, informations et impressions sur l’histoire et la vie actuelle de l’île de Pâques partagées avec Hélène Reuss tout au long de leur voyage.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

NANTERRE, 31 mars
Rapa nui, nombril du monde, île de Pâques...
Un ami d’un ami, apprenant que j’allais là bas pour dix jours, s’est exclamé : « Si longtemps! Mais il va s’ennuyer à mourir ! En  trois jours, on en a fait le tour ! »
Vais-je m’ennuyer ?
Pourquoi aller là bas ? Pour percer le secret des statues ? Allons donc ! Ce qui nous intéresse, ce n’est pas le pourquoi du comment de leur installation, mais ce qu’elles vont nous dire au creux de l’oreille, lorsque nous rêverons à leur pied en regardant le Pacifique.
En attendant, je vis les angoisses des derniers préparatifs. Je dois absolument avant de partir 1) passer chez l’opticien - 2) envoyer un mail pour la soirée « autour du coaching » du 20 avril sur le thème DONNER L’ESPOIR - 3) retrouver mes nu-pieds - 4 ) payer l’URSSAF en avance car je ne serai pas de retour pour le 15 avril - 5) etc.

Valise_1 Je suis sûr que j’oublie quelque chose. Ah oui ! Trouver des blagues pour le 1er avril.
Un peu plus tard, dans l’avion qui fait escale à Madrid, je m’aperçois que j’ai oublié de traiter une demande urgente d’un client. Zut de zut. Je verrai ça demain sur Internet à Santiago.

SANTIAGO DU CHILI, après midi du 1er avril

Depuis 1973, le Chili me fait peur. Tout assassinat de la liberté me fait peur, moi qui me nomme Delivré et qui habite un immeuble nommé « Le Liberté » rue Salvador Allende. J’ai souvent imaginé le palais de la Moneda au jour du coup d’état de 1973 et la mort d’Allende. Santiago et le Chili ont eu ce jour là et pendant tant d’années le sombre visage de la barbarie.

Santiago2007

J’ai suivi l’histoire : les stades, la torture, les assassinats. Je hais cette histoire. Paris 1942, Santiago 1973 et suivantes. J’ai si souvent interrogé Dieu sur l’incompréhensible bonne conscience de Pinochet. Je ne peux pas voir la photo de ce type sans frémir. Comment pardonner lorsque le bourreau n’a même pas conscience de ses crimes et les explique par des raisons inexcusables ?

Nous avons atterri le matin à Santiago. L’après-midi, un chauffeur de taxi amoureux de son pays nous guide dans la ville. Surprise. Les gens circulent, paisibles. Partout, les amoureux se bécotent sans gêne. Ici, on s’embrasse comme dans la France new  age des années 80 : longuement et carrément.

Vue de si loin, la France me parait triste et prude. Vue d’ici, la querelle du CPE semble bizarre.

Très fier, notre guide nous montre tous les bâtiments universitaires. Ce sont d’anciens immeubles. C’est un peu comme si, chez nous, l’éducation nationale louait les immeubles chics du boulevard St Germain pour y donner des cours.

Santiago_010

Note 2/12 : SANTIAGO DU CHILI, après midi du 1er avril

A Santiago, les rues du centre ville sont propres et l’on sent une bonne énergie. Est-ce déjà le miracle de l’arrivée au pouvoir de Michelle Bachelet ? De ce que je peux lire en espagnol, le Chili s’extasie sur sa nouvelle présidente. Un air de jeunesse flotte dans le pays, un parfum de bon sens qui chasse les miasmes du passé.

Voici le palais de la Moneda. Je devrais faire parler le chauffeur sur Allende mais je n’ose pas. J’ai peur de rouvrir chez ce chilien des plaies qui commencent à peine à cicatriser.

Soudain, j’aperçois une statue et reconnais la silhouette d’Allende. Incroyable ! Je pensais que son souvenir était encore tabou. Nous nous arrêtons et le chauffeur m’indique la fenêtre du palais où l’on a vu Allende pour la dernière fois.

Moneda_1 L’intérieur du palais présidentiel est ouvert au public. A l’entrée, des policiers débonnaires fouillent les visiteurs. Tout ici est tellement paisible ! Je ne peux m’empêcher de faire la différence avec la place de mai visitée l’an dernier à Buenos Ayres et qui, elle, sent encore la souffrance.

En nous ramenant à l’hôtel, le chauffeur nous confie que, pour ce pays, l’Europe est un modèle politique. Un an avant, à trois mille kilomètres de distance, c’est que nous entendions aussi l’an dernier à Buenos Ayres. Moi, je sais que l’Europe tournée vers son ego méconnaît qu’elle représente un phare pour une partie du monde. Je me prends à rêver d’une géopolitique où, à côté des grandes puissances qui labourent notre planète de leur soc implacable, deux ensembles démocratiques témoigneraient d’une autre façon de voir la vie communautaire de demain, l’un au nord en Europe et l’autre en Amérique du sud.

SANTIAGO DU CHILI, matinée du 2 avril

Ce matin, nous retournons au centre de Santiago. Le métro est moderne et propre

Sur la place d’armes, une magnifique statue en pierre évoque la mémoire des premiers habitants du Chili. Je mitraille de photos.

Ilepaque_ln157

La cathédrale est immense et vide. Une cloison la coupe en deux. Bientôt, le nombre des chrétiens diminuera tellement qu’il faudra encore avancer la cloison. Dela moitié au tiers, puis du tiers au quart. Bientôt, ce sera encore trop pour les rares chrétiens. Est-ce la mort de Dieu ? Mais non, mais non...

Dieu, ne trouvant plus personne dans les églises, les déserta pour rejoindre le  cœur des hommes …

Retour au palais de la Moneda. Un policier tranquille m’informe que la statue de Salvador Allende vue hier a été érigée il y a quatre ans, à un moment où l’ombre menaçante de Pinochet planait toujours sur le pays. Courageux.

La statue se trouve en bas des deux fenêtres du palais de la Moneda où on a vu Salvador Allende pour la dernière fois, le 11 septembre 1973. Elle tourne le dos au ministère de la justice dont on perçoit l’entrée. Est-ce un symbole ? Le Chili tourne la page, mais de nombreux anciens bourreaux n’y seront pas, semble t-il, inquiétés.

Allende

Justice ou paix, que choisir? Que doit faire l’homme politique ? Ce fut notre problème en France après la guerre. Il y eut justice, mais pas toute la justice. De Gaulle ne le voulait pas, car l’énergie devait se déployer prioritairement vers la reconstruction.

Présenté de cette façon, le problème est mal posé. Et si l’on disait plutôt : justice et pardon ? Cela signifierait : ne pas attendre que justice soit faite pour accorder le pardon. Pardonner même si justice n’est pas encore faite. Par égoïsme bien compris. Car lorsqu’il y a offense, l’offenseur frappe deux fois. Par l’offense, puis par la blessure laissée chez l‘offensé et qui se ravive bien après. L'offensé peut pardonner pour ne pas se laisser blesser à l’infini.

Dans le palais de la Moneda, je remarque un étrange pilier pourvu de deux  jambes. Le sexe est caché par une grosse conque. On dirait le bas d’un homme langé comme un bébé.

Homme_bb

c

c

c

c

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

ARRIVEE  A L'ILE DE PAQUES

Où est elle ?

Globe_ile_de_pques_1L'île de Pâques est "perdue" au  milieu du pacifique. Regardez ce globe terrestre visionné à l'aide de Google earth. L'île est au milieu, à 4000 km à l'ouest de Santiago du Chili et à 4000 km de la polynésie.

A présent, on met le zoom et voici la carte de l'île. Une vague forme triangulaire de 20 km en longueur et 12 km en hauteur.

Arrivée à Mataveri, 2 avril

A cinq heures de vol de Santiago, l’avion se pose rudement sur le petit aéroport de Mataveri dont la piste traverse l’île de Pâques de part en part.

Pas de problème pour la longueur d’atterrissage : c’est la piste de secours des navettes spatiales.

Mataveri_1

Nous sommes accueillis par notre hôtesse, une polynésienne nommée Maria Goretti. Le ciel est si pur qu’il suffirait d’étendre le bras pour toucher les étoiles. Un mince croissant de lune ponctue la voûte de son C majuscule.

« la lune ment, dit-on. Quand elle montre un C majuscule, on croît qu’elle croît mais elle diminue. Quand elle fait un D majuscule, on croit qu’elle Décroît, mais en fait elle grossit. » Est-ce le cas dans l'hémisphère sud ?

Dîner léger à l’hôtel en compagnie de deux touristes  français qui ont pris leur retraite à Papeete et reviennent d’une escapade au désert de sel d’Atacama, au nord du Chili. Nous sommes fatigués. J’additionne: 22 h plus 8 heures de décalage horaire donnent six heures du matin en France.

Dodo.

c

-----------------------------------------

HANGA ROA - lundi 3 avril

A l’aube, le chant du coq me réveille. Je pense au proverbe appris hier soir (« la lune ment ») et me sens « gros » d’un conte à accoucher Je me réfugie dans les toilettes de notre petite chambre avec mon ordinateur portable et esquisse l’histoire, puis me rendors. Un peu plus tard, une file de poules passe devant la chambre en caquetant et me réveille à nouveau. Le ciel laisse courir des nuages splendides. Il fait un temps très doux.

Nous partons à pied vers notre premier site archéologique. C'est à tahai, à 1 km à peine de la pension Maria Goretti. La route goudronnée fait place à une piste en terre entre les dernières maisons du village.

Magnifique ! En contrebas d’une grande et grasse prairie, voici les premières statues de pierre, les « Moais ». L’une a été complètement refaite et les yeux sont peints avec des pupilles noires et l’iris blanc. Dans l’air léger du matin, les dieux de pierre de l’île de Pâques nous saluent.

Le_premier_moai

c

c

c

c

c

c

--------------------------------------------------------------------------------------------------------

ILE DE PAQUES, LE SECRET DES MOAIS - (conte du 3 avril matin)

― Pourquoi la lune ment-elle, ma chérie ?

― Parce ce que, quand on voit la lune en "C majuscule", on croit qu’elle croît mais ce n’est pas vrai, elle diminue et va vers la nouvelle lune. Et quand on  voit un "D majuscule", on croit qu’elle décroît, mais c’est faux, elle grossit et va vers la pleine lune. La lune ment, mon amour.

― Pourquoi ment-elle ?

― Parce qu’elle est une femme et qu’elle est obligée. Car autrefois, il y avait une seule femme, la lune. Elle vivait avec le soleil et était invisible à cause de l’éclat de son mari. Le soleil était toujours occupé à faire quelque chose et la femme n’avait pas ce que veut tout femme.

― Que veut toute femme, ma chérie ?

― Etre désirée, être caressée, être préférée. Et surtout, surtout, surtout, avoir un enfant, avoir un enfant, avoir un enfant. Mais le soleil était occupé à bien autre chose.

Alors, un jour, la lune vit l’homme oiseau qui habitait sur l’île Rapa Nui, à mille jours de bateau de toute terre, et elle se dit « l’homme oiseau est si loin de tout qu’il ne dira pas ce qui va se passer. La lune descendit jusqu’à l’île et l’homme oiseau la fit entrer dans une grotte. Il la désira, la caressa, la préféra et lui fit un enfant.

Mais le soleil voit tout, sait tout, dirige tout. Lorsque la lune sortit de la grotte, il lui demanda ce qu’elle avait fait et, pour la première fois, la femme mentit. Alors, le soleil se fâcha et créa la nuit pour ne plus voir sa femme.

Un peu plus tard, la lune sentit qu’elle était grosse. Elle posa ses pieds dans la mer de part et d’autre de Rapa Nui, l’île perdue à mille jours de bateaux de toute terre, là où vit l’homme oiseau. Puis elle accoucha de trois mille six cents enfants de pierre qui tombèrent sur l’île, comme ça. Elle les appela Moais, enfants de pierre, les enfants du premier mensonge qui jamais ne diront leur secret. Si tu vas là bas, tu les verras.

― C’est une histoire un peu triste, ma chérie

― Très triste, mon amour.

Tahaic

c

c

c

c

c

--------------------------------------------------------------------

HOMME OISEAUX, MURS INCA ET DESASTRES, mardi 4 avril

Nous nous joignons à un groupe pour une première excursion.

L’île de Pâques est le sommet émergé de trois petits volcans éteints et nous nous rendons au premier, à 4 Km du village.

Rano_kau

Du bord du volcan, nous regardons le lac en contrebas, une étendue d’eau de 400 mètres de diamètre couverte de taches herbues. On dirait du moisi de volcan. C’est maléfique. Quelle horreur si nous glissions là dedans ! Un vrai bourbier de sorcière.

Il fait très beau. Quelques nuages courent sans obscurcir le ciel, juste assez pour faire des jeux d’ombre sur le relief. Le chemin continue sur le bord du volcan, jusqu’à l’ancien site pascuan de Orongo. Nous regardons les anciennes maisons faites de pierre, toutes basses et où l’on ne peut entrer qu’en rampant, puis poursuivons sur le bord de la falaise.

Orongo_10

Soudain , c’est l’éblouissement. En contrebas, à 2 km du rivage, voici l’île des « hommes oiseaux ». Grande (ou petite) comme la place de la concorde, elle se détache sur une mer d’un bleu intense qui se fracasse sur les rochers dans un ballet d’écume.

Ile_hommes_oiseaux Le mot « hommes oiseaux » que j’avais vu sur des dépliants touristiques me fascine mais les explications de la guide me navrent. J’avais rêvé de l’impossible : des hommes avec des ailes qui volaient jusqu’à l’île. En fait, les « hommes oiseaux » étaient les vainqueurs d’une compétition annuelle dans laquelle il fallait gagner l’île à la nage, y débarquer sans se tuer sur les rochers, et être le premier à trouver l’œuf. Cela pouvait durer des jours, voire des semaines.

-----------------------------------------------------

AHU VINAPU, mardi 4 avril – INCAS OU NON ?

La visite se poursuit avec « l’ahu Vinapu ». Les "Ahu" sont des amas de pierre sur lesquels les anciens pascuans posaient leurs statues.

Celui- ci est original. Au lieu d’entasser d’être des pierres les unes sur les autres, les bâtisseurs ont installé d’énormes blocs jointoyés à la perfection.

Comme chez les Incas.

Ahu_vinapu

De là à imaginer que l’île de Pâques vit arriver des incas par la mer, il n’y avait qu’un pas. C’est l’hypothèse que fit l’archéologue Thor Heyerdahl lorsque, quelques années après avoir traversé le pacifique sur son radeau Kon Tiki, il vint passer ici plusieurs mois pour découvrir les secrets de l’île.

c

---------------------------------------------------------

LES STATUES RENVERSEES, 5 avril

Premier grand tour sur la côte sud de l’île. « Grand tour » est exagéré : une vingtaine de kilomètres, tout au plus, menant de l’unique village de l’île (Hanga Roa) jusqu’au fossé des « longues oreilles » dont je raconterai l’histoire une autre fois.

Partout, les statues de pierre (les Moais) gisent sur le sol, entiers ou brisés. Que s’est-il donc passé ? Songeons.

Moai_renvers

Imaginez un endroit coupé du reste du monde, par exemple une île perdue dans le pacifique, avec quelques milliers d’habitants. Mais je pourrais aussi prendre pour mon propos un endroit isolé dans l’espace intersidéral, avec quelques milliards. Vous me suivez ?

Dans un premier temps, ça va. Il y a sept tribus qui se répartissent le territoire et vivent vaille que vaille côte à côte (je pourrais aussi prendre pour mon propos  cinq continents et quelques centaines de nations).  Les gens déploient une énergie considérable pour vivre. Ils s’inventent des dieux. Ici, les dieux sont en pierre et l’on pourrait discuter sur le bien fondé du phénomène religieux par lequel les humains déploient depuis toujours une énergie considérable. Ici, ce sont dix mille statues de plusieurs tonnes façonnées avec des galets de pierre taillée. Les statues ont été transportées sur tout le tour de l’île, puis érigées. Elles ont le regard tourné vers le ciel, comme l’ont tous les hommes qui ont une religion.

Ici, chaque tribu a ses statues et, pendant des siècles, les hommes s’entre aident sur ce minuscule territoire. Il doit bien y avoir quelques conflits, peut-être même quelques guerres, mais sans menacer la survie du peuple pascuan.

Et puis, il y a 400 ans survient une autre histoire qui va tourner vraiment mal. Tout d’un coup, vers 1680, ce petit peuple perdu au milieu du pacifique et dont la survie dépende du degré de cohésion sociale, se met à se chamailler, puis guerroyer clan contre clan. S’ils se contentaient de tuer, violer et  prendre les richesses du voisin, ce serait une guerre banale. Mais ici, pour blesser l’autre au cœur, on lui renverse ses dieux, on jette bas ses Moais. Bientôt, la quasi-totalité des dieux de pierre gisent sur le sol, le nez dans la terre rouge. Détruit par la vengeance de vengeance qui engendre la vengeance sans fin, le peuple de Rapa Nui, l’île de Pâques s’entretue et se trouve bientôt réduit à quelques centaines d’habitants. Le premier navigateur à atteindre l’île en 1722 le jour de Pâques, un hollandais, n’y comprend rien. D’un côté il voit des statues colossales et de l’autre une peuplade misérable de loqueteux mourant de faim.

Songeons. Quatre cents ans plus tard, quelques milliards d’individus vivent sur la terre. Leur survie dépend de leur cohésion sociale à l’échelle de leur planète. Vous me suivez ?

Voilà à quoi je pense en regardant les Moais face contre terre. Je pense que la meilleure façon de détruire notre planète, c’est de briser les dieux des diverses religions, même si on ne croit pas à celles-ci.

Voilà le cours de mes pensées tandis que je regarde les Moais renversés.

Le soleil rayonne sournoisement, sans doute un trou d’ozone sur l’île. Je le savais, mais j’ai oublié d’emporter un couvre chef. A une boutique en plein vent, près d’un Moai brisé, j’achète à prix d’or un chapeau à larges bords.

c

-----------------------------------------

BORD DE MER ET MOAIS, 5 avril au soir

Avant le dîner, nous repartons voir le coucher du soleil sur le premier site de Tahai vu le premier jour.

Le soleil disparait derrière les "Moais" de pierre. Puis la nuit tombe très vite : nous ne sommes pas loin du tropique.

Coucher_de_soleil_tahai016

En revenant à pied à la pension, quelques pascuans à cheval nous dépassent, tranquilles et majestueux

c

c

c

c

c

c

c

---------------------------------------------------------------------------------------------------

APERÇU APRÈS TROIS JOURS - Jeudi 6 avril 2006

1 - Situation géographique

Ile volcanique (3 volcans éteints), située à 3700 Kms à l’ouest du Chili et 4000 Kms à l’est de Tahiti, les deux terres les plus proches. L’île est vaguement triangulaire (20 Kms sur la plus grande longueur). 165 km2.

Carte_vue_du_ciel_1

Elle appartient au Chili.  Les 3000 habitants parlent soit pascuan s’ils sont îliens d’origine, soit  espagnol s’ils sont chiliens.

2 - Vie et économie

L’île vit essentiellement du tourisme.

Tout ici est cher, car tout vient par avion cargo. Aucun port naturel. Les objets très lourds sont déchargés des bateaux sur un radeau. Une bouteille d’eau minérale coûte environ 4 euros. Tout le monde vit au village de Hanga Roa, près de l’aéroport où, trois fois par semaine, atterrissent les avions de la ligne Santiagodu Chili – Ile de Pâques, Papeete.

Nous mangeons surtout du poisson, des pommes de terre et des fruits locaux (goyaves, mangues, bananes).

3 – Climat et Végétation.

Raraku005

Nous nous attendions à trouver une terre désolée, rocheuse et brûlée par le soleil. En fait, le paysage est vallonné et herbeux. Imaginez un bout de massif central descendant doucement vers une côte bretonne déchiquetée, le tout sous le rayonnement ardent d’un soleil voilé de nombreux nuages. Des chevaux paissent en liberté un peu partout. Les oiseaux sont nombreux (des buses ont été introduites pour chasser les rats des champs qui pullulent). L’île est parsemée de bouquets d’arbres, notamment des eucalyptus. Il n’y a aucune maison en dehors du village.

4 – Histoire

Compliquée. Voici où j’en suis à ce jour de mes investigations livresques (car les auteurs ont tous des hypothèses différentes sur le mystère de l’île de Pâques)

Dans une premier temps (jusque vers 800 cap JC, des navigateurs venant du Pérou inca et/ ou des îles Marquises arrivent par radeau et font souche.

La seconde période va de 800 à 1680. Les indigènes regroupés en plusieurs clans taillent les statues de pierre (Moais) à la carrière d’un des trois volcans (le « Rano Raraku »). Ils les érigent sur de grands autels de pierre (les « Ahu »),  en bordure de mer et face à celle-ci.

Ilepaque_ln114_1

Les pascuans habitent des grottes ou, pour les hiérarques, de petites maisons de roseaux longues de 10 à 100 m de long et larges de 1,50 m pouvant loger 200 personnes.

La société est en effet assez fortement hiéréchisée avec un roi, des prêtres, des guerriers, des artisans, des esclaves (tout cela pour une population de 3000 personnes environ).

A la fin de cette période, deux classes sociales occupent l’île : les « longues oreilles », classe dominante, et les « courtes oreilles » qui bossent pour les premiers. La fabrique des Moais a t-elle ravagé l’île en la privant de ses forêts  comme le prétendent certains ? J’en doute, car elle a duré plusieurs centaines d’années. 

1680 : pour une raison mal cernée (surpopulation ?), début de la guerre civile. Massacres et cannibalisme. Chaque clan abat les statues se trouvant sur le territoire des clans voisins. Les « longues oreilles » sont presque tous exterminés.

En 1722, un premier navire hollandais aborde l’île, n’y trouve que peu d’hommes et aucune femme.  Les habitants se sont réfugiés dans les grottes.  Quelques autres arrivées de navires ont lieu au 18ème et début du 19ème siècle, dont celle de La Pérouse.

1862 : Déportation de la quasi-totalité des pascuans au Pérou. Les quelques survivants qui reviennent à l’île contaminent le reste de la population (vérole). En 1864, il n’y a plus que 111 habitants.

1882 et 1886 : expéditions scientifiques

Les chiliens annexent l’île en 1888 et la donnent en l’exploitation à une compagnie anglaise d’élevage de moutons. Regroupés et parqués dans un village unique, le peuple pascuan vit un véritable esclavage. L'exploitation du mouton ne cesse qu'en 1953.

1914:et 1934  expéditions scientifiques

1952 : expédition de Thor Heyerdahl et recherches archéologiques.

1970 : début du tourisme.

 

5 - Sites essentiels

Il y en a cinq :

Premier site : Orongo, le village en haut de la falaise, haut lieu des "hommes oiseaux et lieu des "pétroglyphes" sculptés dans la pierre. Nous en avons déjà une bonne idée.

Ptroglyphe_orongo

&

&

&

&

&

&

Duxième site : Ahu Akivi, le seul "Ahu" en plein centre de l'île, avec ses sept Moais. Y aller, de pr'éférence le soir au coucher du soleil.

Akivi_05

&

&

&

&

&

&

Troisième site : la carrière des « Moais » au pied du volcan Rano Raraku, visitée à la va-vite. Il serait intéressant que nous y retournions avec un guide tant l'endroit est central sur le plan historique et artistiques.

Raraku050

&

&

&

&

&

&

Quatrième site :  Tongariki, avecl’enfilade des quinze Moais de dans une crique battue par les vagues est un spectacle époustouflant, incroyable, magnifique.

Tongariki_externe

&

&

&

&

&

&

Cinquième site : la plage paradisiaque d'Anakena

Anakena_plage

&

&

&

&

&

&

Quant aux multiples plates formes en bord de mer appellées « Ahus », nous n'aurons pas le temps des les voir toutes, il y en a 600.

Les Moais sont des statues de pierre de 2 à 24 m de haut. Les yeux étaient en corail avec de l’obsidienne pour la pupille. La plupart des Moais ont été renversés et sont brisés. Tous ont perdu leurs yeux au moment de la guerre civile.

Moai_tongariki

&

&

&

&

&

&

&

&

&

&

6 - Vie quotidienne                                                                                    

Nous sommes logés chez une pascuane nommée Maria Goretti, une polynésienne d’une cinquantaine d’années au visage nostalgique. Elle dirige fermement un petit monde de jeunes femmes souriantes.

Le jardin est pourvu de magnifiques arbres groupuscule : hibiscus, bananiers…

Flore_pques_27_1 

Quant aux fleurs… une merveille !

Ilepaque_ln069

Au lever du soleil, un cortège de poules et poussins passe devant notre chambre. Ici, il y en a partout. Hier, j’ai vu une voiture s’arrêter tandis que mère poule et ses petits poussins traversaient paisiblement la route.

Il n’y a que deux excursions organisées : celle de l’ouest avec le volcan Rano Kau et les îles des hommes oiseaux, et le grand tour à l’est de l’île, avec les carrières de Moais. Tout au bout, on trouve la place paradisiaque de cocotiers, la seule de l’île.

Hier et avant-hier, nous avons découvert l’île avec ces deux excursions. Nous avons le projet de louer une voiture pour aller rêver aux endroits que nous aimons. Où qu’ils soient, nous y serons en moins d’une demi-heure.

Je passe mes soirées à ne rien faire. Ah si ! J’ai déniché dans la minuscule bibliothèque de notre logeuse « le crime de l’orient express » et le lis très lentement.

Crime_orient_express

La seule concession à mon activité professionnelle est le cybercafé où je suis allé relever mes mails deux fois. La vitesse de transfert est de 52 kbits/sec.

Faut-il que j’aille aussi loin pour prendre enfin le temps de prendre mon temps ?

Pour ne rien faire ?

Pour rêver ?

Le ciel n’est qu’exceptionnellement dégagé. La plupart du temps, les nuages courent. Le soleil est traître et la peau rougit vite. Le rayonnement solaire est ici l’un des plus forts au monde à cause de la minceur de la couche d’ozone.

&

-------------------------------------------------

HANGA ROA / jeudi 6 avril 2006

Ce matin, un homme nous a complaisamment ouvert la porte de l’école du village. Les gosses jouent comme partout. Ils comment à 8 h et finissent à 16h. Ils déjeunent à l’école depuis que le gouvernement chilien a octroyé des fonds pour la cantine. Les études supérieures ont bien sûr lieu à Santiago. Il y a un professeur d’anglais, un de français et de nombreux cours de pascuan.

Hanga_roa_04

Comme il fait chaud, je passe l’après midi à bouquiner les livres emportés de France sur l’histoire de l’île et peux donc maintenant vous raconter la légende du « fossé des longues oreilles ».

&

&

&

Légende du « fossé des longues oreilles ».

A cette époque, deux peuples cohabitaient à l’île de Pâques. Les premiers accrochaient des poids à leurs oreilles pour les allonger, ce qui fait qu’on les appelait les longues oreilles. Ils étaient énergiques et aimaient faire travailler les autres, c’et à dire les « courtes oreilles ». Les travaux pénibles se succédaient pour ceux-ci.

Un jour, les courtes oreilles se révoltèrent et les longues oreilles s’enfuirent à « Poike ».

Poike, c’est la presqu’île à l’est de l’île de Pâques, à peu près 5 km sur 3 km. Au centre, il y a le volcan Ranu et tout autour, une falaise infranchissable (la photo que vous voyez est prise du sommet de l'île de Pâques)

Terevaka_03

Iko était le chef des longues oreilles. Il fit agrandir le fossé volcanique existant entre l’île et la presqu’île et y fit entasser des branchages pour allumer le brasier au cas où les courtes oreilles les attaqueraient. Les longues oreilles s’étaient retranchés dans cette forteresse.

Mais Dalila est de tous les cieux. Ici, la traîtresse s’appelait Moko Pingueï. Elle fit passer en douce les courtes oreilles qui se déployèrent le long des falaises. Au signal, les courtes oreilles encerclèrent les longues oreilles de tous les côtés, celui du fossé et celui du haut de la falaise. Les longues oreilles allumèrent le bûcher… et y périrent tous, brûlés.

Un seul survécut, Ororoïna qui fit souche et qui avait encore, six générations plus tard, quelques descendants. C’est du moins ce que raconta le maire du village, l’un d’eux, à l’archéologue Thor Heyerdahl qui la relate dans son livre passionnant (Aku Aku, le secret de l’île de Pâques – Albin Michel).

A midi, nous avons déjeuné à l’excellente « taverne des pêcheurs » tenue par un français. Les touristes français de Papeete sont nombreux à venir à l’île de Pâques et la réputation du restaurant est tahitienne… et même mondiale

Hangaroa_13_ter

Regardez : la fenêtre près de notre table s’est laissée traverser par une végétation incongrue.

&

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

ABECEDAIRE DE L 'ILE DE PAQUES EN MILIEU DE SEJOUR

&

Peu à peu, nous apprenons l’île. Pour y voir plus clair, je rédige aujourd’hui un abécédaire.

A comme Ahu (prononcer AHOU)

Les Ahu sont des plate formes en pierre, doucement inclinées vers l’intérieur de l’île et pourvues d’un mur  haut de 1 à 3 mètres côté mer. A leur sommet se trouvaient un ou plusieurs Moais.

Ahu_vinapu

La plupart des Ahu sont faits de gros galets entassés les uns sur les autres. Certains Ahu sont composés de plaques de pierre finement ajustées entre elles comme dans les monuments inca (comme l’ahu Vinapu déjà mentionné).

Cette particularité jointe à quelques coutumes pascuanes (comme les barques en jonc) proches de celles des inca ont entraîné des archéologues (et en premier Thor Heyerdahl ) à penser à un peuplement de l’île en provenance d’Amérique du sud. D’ailleurs, les premiers espagnols ont recueilli des témoignages de péruviens parlant d’une expédition maritime aller retour vers la Polynésie, au début du 16ème siècle

Il y a environ 600 Ahu sur l’île, la plupart en ruines.

A comme ANAKENA

Anakena est la seule plage de sable de l’île et le lieu eu préféré de débarquement des navigateurs. C’est ici qu’aurait débarqué le fondateur mythique de l’île, le roi polynésien Hotu Matua (vers le 8ème siècle ?) Certains gros matériels sont encore débarqués ici (les bulldozers, ou les grandes grues japonaises qui ont servi à redresser les Moais*).

Hangaroa_et_tahai057

Anakena est un coin paradisiaque avec des cocotiers offerts par les îles polynésiennes. L’eau y est tiède à souhait et les petits grains de coquillage brisés sont comme du sable. Sous l’œil impassible des Moais redressés ici il y a quelques années, la baignade est… hmm ! délicieuse !

&

A comme AKIVI

Akivi est le seul des Ahu* situé à l’intérieur des terres, à environ 2km des cotes. Ses sept grands Moais ont été restaurées et dressées. Ce sont les seules qui regardent la mer.

Akivi

Certains disent qu’elles ont les yeux tournés vers les îles Marquises, à 3000 km, car c’est de ces îles que seraient arrivés les premiers pascuans, dans d’immenses pirogues conduites par le légendaire premier roi, Hotu Motua.

&

C comme CANNIBALISME

Il fut courant dans l’île jusqu’au 19ème siècle. Qu’est-ce qui se passerait dans votre tête si vous saviez que votre arrière grand père a mangé ses voisins ?

Pour faire sortir quelqu’un de ses gonds, il suffisait de lui dire qu’on avait mangé quelqu’un de sa famille. Cela appelait vengeance immédiate.

Selon la tradition orale, ce sont les doigts et les orteils qui sont le plus savoureux.

C comme CLIMAT

Nous avons séjourné à l’automne puisque nous étions dans l’hémisphère sud, avec une température de 20 à 25 °C. Un pascuan nous a dit que le refroidissement moyen de l’île était patent depuis plusieurs années, contrairement au « réchauffement » à d’autres endroits de la planète. Le ciel tel que vous le voyez sur cette photo est représentatif de celui que nous avons eu tout au long du séjour.

Orongo_03

Il est généralement nuageux et très changeant. Quand il cogne, le « frangin » darde d’impitoyables rayons.

Il a plu toutes les nuits et les précipitations iront en augmentant avec les mois d’hiver.

Le soir, la nuit très pure cloutée d’étoiles est un spectacle inoubliable.

L’eau est rare. Elle ruisselle vers la mer lorsqu’il pleut et il n’y a aucune source, ce qui explique le peuplement exclusivement côtier des pascuans. Les anciens avaient creusé des puits en bordure de mer pour atteindre la nappe phréatique et nous en avons vu en activité, utilisés pour l’élevage des chevaux et des vaches.

C comme CHEVAL (avec quelques vaches)

Ils sont très nombreux dans l’île, la plupart en liberté. Introduits vers les années 1960 comme moyen de transport, ils sont encore montés par les pascuans qui circulent dans le village ou en dehors, fièrement montés. Les vaches, elles, sont rarissimes.

Img_0029

« Il y a trop de chevaux, nous a assuré une pascuane, et nous ne mangeons pas de viande de cheval. Il va falloir trouver une solution. »

&

&

&

C comme CHILI

1500 chiliens vivent sur l’île, en nombre égal aux pascuans de souche, qui les aiment de façon variable. Certains rêvent d’un rattachement à la France.

Assise à la terrasse d’un café pendant que je pianotais au cybercafé, nous avons écouté l’apôtre de l’indépendance de l’île, un homme barbu et majestueux qui se promène de long en large dans la rue principale. Il a longuement parlé de ses activités internationales exclusivement politiques, de l’ONU, de l’Unesco, de Paris etc. Son idée est d’obtenir du Chili une réparation financière pour tous les torts causés aux pascuans dans le passé et d’assurer ainsi l’indépendance de l’île. Quand je les ai rejoints, il montrait à Hélène l’objet de son combat actuel : une carte d’identité pascuane. IL nous longuement expliqué les problèmes qu’il avait avec la taille de celle-ci.

En écoutant l’épisode, notre guide pascuane a ri et nous a dit que l’homme faisait partie du folklore local.

D Comme DEPORTATION

En 1862, les péruviens arrivèrent à l’île de Paques pour « s’approvisionner » en hommes de peine afin d’assurer l’exploitation du guano sur les côtes sud américaines. 1000 hommes partirent en esclavage, dont le dernier  roi.

L’évêque de Tahiti intervint vigoureusement auprès du gouvernement péruvien et obtint leur rapatriement, mais 100 hommes revinrent seulement. Ils étaient atteints de la variole et une épidémie s’en suivit sur l’île. En 1864, il ne restait plus que 111 personnes sur l’île de Pâques.

E comme ESCLAVAGE

Les épreuves des pascuans n’étaient pas terminées. En 1888, la compagnie Williamson

et Balfour achetèrent l’île au Chili pour y élever des moutons. Les pascuans furent regroupés en un seul village, Hanga Roa, qui fut alors ceinturé de barbelés. Le jour, ils partaient s’occuper des moutons et le soir, rentraient au village. Il était interdit de sortir sans autorisation.

Les vieux pascuans se souviennent encore de cette époque qui dura jusqu'en 1954. Une jeune pascuane nous a montré les murs de pierre que devaient édifier les gens. « Ma grand-mère m’a parlé de cette époque », nous a-t-elle dit les larmes aux yeux.

E comme ETHNOLOGUES  et ARCHEOLOGUES

Quatre savants ont surtout étudié l’île : l’anglaise Routledge en 1914, le français Métraux en 1935, le norvégien Thor Heyerdahl en 1962 et le français Francis Mazières en 1965. Tous les ouvrages parus depuis et toutes les études s’inspirent de leurs écrits.

E comme EUGÈNE EYRAUD

Un français, le religieux Eugène Eyraud, arriva sur l’île en 1864.

Malgré les mauvais traitements dont il fut d’abord l’objet, son amour des pascuans fut si grand qu’il gagna peu à peu leur cœur. Il mourut sur l’île en 1866.

F comme FAUNE ET FLORE

Petits moustiques l’après midi et le soir.

Côté faune (hormis les chevaux), nous avons vu beaucoup de buses. Aucun mouton : ceux des  exploiteurs écossais de la « compagnie » ont dût laisser de mauvais souvenirs et les pascuans les ont tous mangés lorsqu’ils ont quitté l’île.

Ah ! J’oubliais : des poulets partout partout partout. Des coqs et des poules. Pour les anciens pascuans, c’était la seule viande (à part celle fournie par le cannibalisme, bien sûr.)

F comme FOSSÉ DES LONGUES OREILLES

Long de 4km, c’est une tranchée située à l’est de l’île et qui sépare celle-ci de la presqu’île de Poike. Autrefois profond de 4m et large de 12, il a été comblé depuis par l’érosion.

La légende dit que les « longues oreilles » y furent tuées et brûlées vives par les « courtes oreilles » dans le bûcher qu’ils avaient préparé à leur intention. Mais les « courtes oreilles » se révoltèrent et, grâce à une traîtrise, anéantirent tous leurs ennemis sauf Ororoina qui eut une nombreuse descendance.

H comme HOTU MOTUA

Selon la légende, le premier roi de l’île de Pâques arriva de Polynésie. Deux grands bateaux abordèrent l’île avec chacun 400 personnes. Après sa mort, ses sept fils se partagèrent le territoire de l’île et donnèrent naissance aux diverses tribus.  Chacun des tribus avait en fait un petit territoire grand comme une commune moyenne de France (quelques km 2)

H comme HOMME OISEAU*

Comment le devenir ? (cen sera expliqué dans la dernière note 12/12)

Les statuettes de l’homme oiseau constituent le second sujet de production de figurines des boutiques pascuanes, la première grosse source d’inspiration étant celle des Moais.

K comme KAVA KAVA

Génie bizarre et second sujet favori des sculpteurs de l’île qui en produisent une quantité industrielle pour les touristes. Il a tout pour faire peur : côtes décharnées, sexe obscène, bras maigre et visage terrifiant. Mais, parait-il, les maisons dont il orne le seuil sont protégées des mauvais esprits.

Kavakava_head

Lisez les vieilles légendes de l’île de Pâques et oubliez les. Puis écrivez, écrivez sur Kava kava.

C’est un cadavre semi putréfié, il revient me voir à la nuit tombante, les côtes saillantes sous une peau desséchée

Il a le vendre vidé de ses entrailles, grouillant de vers.

C’est Kavakava

Il m’a dit : « je suis le maître »

Les gens ne m’ont pas cru lorsque j’ai dit que je connaissais Kavakava

Alors je vais rentrer dans l’eau et prendre l’apparence d’un phoque.

J’attraperai Kavakava

J’ai attrapé Kavakava

On l’a lapidé, on l’a fait cuire.

Mais quand on l’a sorti du four, il était encore cru.

Alors les gens ont dit : « c’était vraiment un esprit

C’était Kavakava. »

L comme LONGUES OREILLES

Les « longues oreilles » étaient obtenues en accrochant des poids de plus en plus lourds au lobe. Les statues légendaires de l'île, les Moais, ont toutes des longues oreilles sur le côté

M comme MAKE MAKE

C’est le dieu de l’île, la source de tout. Comment fait-il ? Ecoutez les légendes !

Makemake trouve une cabasse pleine d’eau, il se masturbe et fait jaillir sa semence dans l’eau.

De la chair apparaît, elle flotte. Mais ça n’est pas bon.

Alors Makemake copule avec des pierres, celles qui ont encore des trous que l’on voit aujourd’hui

Puis dans de l’argile où il se masturbe à nouveau.

Voilà la vie.

C’est bon.

MANA

Force spirituelle recherchée par tous les anciens pascuans. Selon eux, c’est le « Mana » du roi qui permettait de déplacer les Moais de la carrière jusqu’à leur emplacement distant de plusieurs km.

M comme MOAIS

Légendaire statues de l’île de Pâques, universellement connues. Elles ont été sculptées dans le « tuf » volcaniques (pierre légère formée par l’agglomération de cendres projetées par les volcans).

Tahai_20_bis

Le front est court, le crâne inexistant. Les Moais achevés montrent deux profondes cavités pour les yeux de nacre munis de pupilles d’obsidienne.

Tongariki_03

Les Moais étaient recouverts d’un chignon rond de pierre rouge volcanique pensant plusieurs tonnes. Comme si cela n’avait pas été déjà assez difficile d’ériger le Moai proprement dit ! Ils étaient vraisemblablement montés à l’aide d’une rampe de cailloux, puis posés sur la tête.

Tous les archéologues sont d’accord sur la fabrication des Moais. L’examen de la carrière du volcan Rano Raraku est très explicite à ce sujet (voir plus loin)

On en a recensé 887 Moais sur l’île, dont 397 sur la seule carrière du volcan Rano Raraku

N comme NAVIGATEURS

Le premier européen qui découvrit l’île fut le hollandais Roeveggen en 1722. Il fut suivi en 1770 par un espagnol, puis en 1774 par Cook et en 1786 par la Pérouse. Quelques

bateaux russes et anglais abordèrent au 19ème siècle jusqu’à la grande DEPORTATION.

Les équipages de navigateurs eurent des comportements allant de la plus grande cruauté à la plus belle humanité. De leur côté, les pascuans se taillèrent une réputation de voleurs, chipant le moindre des objets soit à terre, soit lorsqu’ils étaient emmenés à bord.

Les femmes s’offraient volontiers aux Certains expliquent ce comportement par l’obsession pascuane de lutter contre la consanguinité.

O comme ORONGO

Situé à l’extrémité ouest de l’île, en haut de la falaise du volcan Ranu Kao, c’est un lieu mythique de la culture pascuane.  Il y avait là le village des hommes oiseaux* qui s’y préparaient à la compétition annuelle. L’ancien groupement de maisons a été rebâti à l’identique. Ce sont des habitations très basses en pierre dans laquelle on pénètre à genoux par un tunnel étroit.

Orongo_10

Du haut d’Orongo, on aperçoit un groupement de trois îles, mythiques elles aussi (voir plus loin à « voulez vous être un homme oiseau ? »

&

&

&

&

P comme POEMES

Les anciens pascuans ne nous ont pas laissé grand-chose, mais suffisamment pour m’aider à rêver. Quelques siècles après, je  me nourris de leurs poèmes.

Mon amour, tu te meurs d’amour

Tu es comme un crabe qui se cache sous l’Ahu d’Akurenga

Tu es un poisson à chignon rouge et nage vers le rivage.

Petit poisson, ô mon amie

Je te nourrirai de mes algues.

.......

R comme RAPA NUI

Nom actuel de l’île de Pâques.

C’est aussi le nom de la langue pascuane qui est apparentée à celle des autres îles de Polynésie. L’autre nom de l’île est : « Te Pito Te Henua », ce qui signifie : « le nombril du monde »

R comme ROUTES

Il n’y en a que deux goudronnée sur l’île. L’une part du village, longe la côte sud et arrive au célèbre Ahu des 15 Moais de Tongariki. Puis elle suit le « fossé des longues oreilles* » sur 4km et longe la côte nord est jusqu’à la plage d’Anakena en se transformant en piste.

Terevaka_02

La seconde va directement du village jusqu’à la plage ( 20 km) en se faufilant entre le grand volcan Terevaka ( 500 m de haut) et le volcan Ranu Raraku où se trouve la "carrière" des Moais

&

&

&

S comme SEBASTIAN ENGLERT

Il fut curé de l’île de Pâques de 1934 à 1969. « Un homme d’une exceptionnelle envergure spirituelle et humaine » selon Thor Heyerdahl qui le loua, et « un « curé allemand ayant évidemment fait la guerre de 14 » selon Francis Mazières qui le détesta. ON voit ici la photo du prêtre avec un Kavakava.

Englert

Cette personnalité controversée apporta à l’île une nouvelle structure sociale après les immenses épreuves subies à la fin au cours des trois siècles précédents.

Thor Heyerdahl relate une parole impressionnante. Des pascuans étaient mort noyés en bord de mer (dont un enfant) et, en tenant de les sauver, un membre de l’expédition norvégienne s’était fait chiper sa montre.

« Quel malheur !fait Heyerdahl aux obsèques

– Le plus grand n’est pas la mort, mais le vol, fait Englert. Car tout le monde est obligé de mourir, mais personne n’est obligé de voler »

La plupart des pascuans sont catholiques. La messe des rameaux à laquelle nous avons assistée était très fervente.

Les pascuans se signent lorsqu’ils passent devant l’église, même lorsqu’ils sont en voiture

T comme TONGARIKI

Le plus grand des Ahus, à l'est de l'île. Il dresse fièrement ses quinze grands Moais face à la mer dans une crique.

Tongariki1

V comme VOLCANS

Trois volcans éteints se trouvent aux trois pointes de l’île. Le plus élevé, TEREVAKA, fait R00 m de haut. On y accède en 4*4 par une piste délabrée. Le second est le RANO RARAKU où se trouve la carrière des Moais et le troisième est le RANO KAU dont le cratère érodé donne sur les trois îles de l’homme oiseau.

Les obsidiennes (lave solidifiée) jonchent littéralement le sol à certains endroits. Les anciens pascuans s’en servent abondamment comme outillage ou pour leur art.

Le rivage de l’île de Pâques n’est que rochers et pierres volcaniques d’un noir sale, comme si un incendie venait d’avoir lieu. Les blocs sont déchiquetés, torturés, effrayants.

Cote_ouest_7

Ailleurs, à l’intérieur, la terre est rouge.

&

&

&

&

&

V comme VEGETATION

A l’intérieur, l’herbe sur les collines fait penser à un doux paysage français de vallons et collines.

Puna_pau_00

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (0)

Périple en est (novembre 2005)

Récit d'un voyage fait à Nancy et ses environs, du 3 au 4 novembre 2005, et de ce qu'il m'a inspiré.

Départ de Paris, 3 novembre, 15 h

La première étape de mon périple sera Nancy. Je dois ce soir y prononcer une conférence sur le rôle de coach du manager. Irai-je en train ? Avec ma voiture, je serais libre de mes mouvements. S’il faisait beau, je pourrais même pousser jusqu’au pied des Vosges, pour revoir la maison d'enfance. Je me décide pour la voiture et quitte Paris encombré. A l’ICN (Institut Commercial de Nancy), l'accueil est chaleureux.

M_place_stanislas

La soirée a été organisée par eux et un petit groupe de coachs qui met sur pied la représentation lorraine de la Fédération Internationale de Coaching (ICF). J’ai sur moi le petit carton vert où je résume comme à l’habitude les mots de clefs de mon discours. Je me place devant la table de conférence pour être plus proche du public, puis commence.

(Texte de 4 pages sur le "rôle de coach du manager"). Document word : : Download nancy_confrence_nov_2005.doc

4 novembre, Pompey (Meurthe et Moselle), 11 h

La conférence d'hier soir s'est fort bien passée. La matinée d'aujourd'hui sera consacré aux visites familiales aux environs de Nancy. En passant près de Pompey, je me souviens d’un livre de contes de Lorraine lu cet été. Une légende raconte en effet que, lors des massacres la guerre de sept ans, une église où les gens s’étaient réfugiés avait été incendiée, un Oradour sur Glane avant l’heure. Depuis, paraît-il, un pilier y « pleure ». J’avais été très frappé par cette image et en ai fait au mois d’août le conte du Bouc de Saint Baudile, une histoire sur la lubricité de la belle Augusta.

Juste_avant_0

Vous tous, bons chrétiens qui rêvez parfois d’amours interdites…

Document word  Download le_bouc_de_saint_baudile.doc

FICHIER AUDIO MP3 (14 minutes) : Download le_bouc_de_saint_baudile_15_mn_30.WAV

4 novembre, Douaumont, 15 h.

_douaumont

Dans l’ossuaire de Douaumont, un groupe de jeunes gens fait un bruit épouvantable de bavardage, amplifié par ce caisson de pierre et de marbre. J’attends qu’ils soient partis, puis me dirige vers la chapelle et feuillette le cahier mis à disposition des personnes de passage. Un texte retient mon attention, sans doute inséré ici en mémoire de tous les anonymes qui ont combattu ici avec l’amour sincère de leur patrie.

Ils sont nombreux les bienheureux

Qui n’ont jamais fait parler d’eux

Et qui n’ont pas laissé d’image

Tous ceux qui ont depuis des âges

Aimé sans cesse et de leur mieux

Autant leurs frères que leur Dieu.

Je connais ce texte depuis plusieurs années mais me le récite en d’autres circonstances, chaque fois que je suis tenté par la quête de notoriété. « Etre quelqu’un » aux yeux du monde est un souci que Hegel citait déjà en 1815 : « Les rapports sociaux, écrivait-il, sont une lutte continuelle pour la reconnaissance. » Lorsque je suis tenté de m’engager dans une telle lutte, ce court poème reste l’un des meilleurs antidotes. Il me ramène au choix entre la fraternité et le plaisir narcissique d’être mis sur un piédestal. « Chaque fois que tu te laisses appeler maître, me disait un ami, tu perds un frère. »

4 novembre, Marne et Champagne, 17 h

Je quitte Verdun et reviens vers l’ouest par l’autoroute A4. Les images des champs de bataille de la grande guerre ne me quittent pas. Mon grand père est mort dans ces endroits, ou au chemin des dames, peu importe, comme tant d’autres grands pères. Ma grand-mère en a été blessée toute sa vie, comme tant d’autres grands-mères. Il y a un an, à la suite d’une visite effectuée dans des cimetières militaires, j’avais redécouvert des carnets familiaux vieux de 80 ans et en avais tiré les "carnets de veuvage"

Van_gogh_chambre

Ils pensent que je suis folle. …C’est peut-être parce que j’ai cassé les chaises en apprenant ta mort. Mais il fallait que je crie la saleté entrée dans mon cœur avant de me mettre en noir. Je refuse cette guerre qui me prive de toi…

Document word : Download carnets_de_veuvage.doc

4 novembre 2005, Reims

Dîner impromptu à Reims, dans une famille d’amis. Le papa est merveilleux, la maman est un perpétuel éclat de rire et les enfants sont adorables. On parle du geyser d’Islande et j’allume mon ordinateur pour montrer un clip pris lors d’un voyage là bas.

Lphant

On bavarde. J’écoute l’ami qui me parle de l’insatiable curiosité de « l’enfant d’éléphant », le héros du conte de Kipling dont il raconte l'histoire à son fiston.

télécharger l'enfant d'éléphant de Kipling sur vialupo.jcldb.com/kipling/

Je me demande : Quelle est ma curiosité aujourd’hui ? Qu’est-ce que j’aimerais savoir ? Voici quelques questions. Si des lecteurs de ce blog ont la réponse, merci de me la donner. 1. Pourquoi la lumière a-t-elle la vitesse absolue de 300000 km/s et pas une autre ? 2. Qu’est-ce que c’est exactement que l’électricité ? 3. Comment faire pour supprimer un programme sur Windows lorsqu’il ne part pas avec « désinstallation de programmes » 4. Pourquoi y a-t-il des coqs sur le clocher des églises ? 5. Pourquoi la taille moyenne des hommes est –elle ce qu’elle est, ni plus grande ni plus petite ?

Mais il y a d’autres questions sur lesquelles je m’interrogeais autrefois et dont la réponse m’indiffère à présent : 1. Comment le gaz fait-il pour avancer dans les tuyaux ? (l'essentiel est qu'il avance) 2. Pourquoi est-ce qu'avant je ne pensais "qu'à ça" et que maintenant, je pense tout de même parfois à autre chose ? 3. Pourquoi est-ce que je suis comme je suis ? (parce que c'est comme ça) 4. Pourquoi est-ce que je crée dans tous les sens ? (parce que je suis comme ça) 5. Qu’est-ce qu’il y a après la mort ? (l'essentiel est de vivre la "vie éternelle" aujourd'hui) 6. Pourquoi les évangiles sont-ils contradictoires ? (la logique de l'amour est plus importante que la logique) 7. Pourquoi les gens sont-ils parfois si méchants ? (à remplacer par "que faire avec la méchanceté ?) Etc.

Après avoir traversé le bas de l'Aisne (un endroit où l'on place son argent), j’arrive à mon atelier de la Ferté Milon à onze heures du soir. Mais la visite de la zone des combats de 1914-1918 me hante. Je prends le CD rom du « Long dimanche de fiançailles » et le visionne jusque tard dans la nuit. Puis je descends à la salle d’exposition de mes sculptures et regarde longuement « le zouave de l’Ourcq.

Download zouave_de_lourcq_terre_l_8_p_8_h_18.jpg

Rédigé par François Delivré | Lien permanent | Commentaires (0)

Suivante »