Voyage à l'île de Pâques du 31 mars au 15 avril 2006.
(via le Chili)
PREMIERE PARTIE
Rédigé par François Delivré à partir des réflexions, informations et impressions sur l’histoire et la vie actuelle de l’île de Pâques partagées avec Hélène Reuss tout au long de leur voyage.
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NANTERRE, 31 mars
Rapa nui, nombril du monde, île de Pâques...
Un ami d’un ami, apprenant que j’allais là bas pour dix jours, s’est exclamé : « Si longtemps! Mais il va s’ennuyer à mourir ! En trois jours, on en a fait le tour ! »
Vais-je m’ennuyer ?
Pourquoi aller là bas ? Pour percer le secret des statues ? Allons donc ! Ce qui nous intéresse, ce n’est pas le pourquoi du comment de leur installation, mais ce qu’elles vont nous dire au creux de l’oreille, lorsque nous rêverons à leur pied en regardant le Pacifique.
En attendant, je vis les angoisses des derniers préparatifs. Je dois absolument avant de partir 1) passer chez l’opticien - 2) envoyer un mail pour la soirée « autour du coaching » du 20 avril sur le thème DONNER L’ESPOIR - 3) retrouver mes nu-pieds - 4 ) payer l’URSSAF en avance car je ne serai pas de retour pour le 15 avril - 5) etc.
Je suis sûr que j’oublie quelque chose. Ah oui ! Trouver des blagues pour le 1er avril.
Un peu plus tard, dans l’avion qui fait escale à Madrid, je m’aperçois que j’ai oublié de traiter une demande urgente d’un client. Zut de zut. Je verrai ça demain sur Internet à Santiago.
SANTIAGO DU CHILI, après midi du 1er avril
Depuis 1973, le Chili me fait peur. Tout assassinat de la liberté me fait peur, moi qui me nomme Delivré et qui habite un immeuble nommé « Le Liberté » rue Salvador Allende. J’ai souvent imaginé le palais de la Moneda au jour du coup d’état de 1973 et la mort d’Allende. Santiago et le Chili ont eu ce jour là et pendant tant d’années le sombre visage de la barbarie.
J’ai suivi l’histoire : les stades, la torture, les assassinats. Je hais cette histoire. Paris 1942, Santiago 1973 et suivantes. J’ai si souvent interrogé Dieu sur l’incompréhensible bonne conscience de Pinochet. Je ne peux pas voir la photo de ce type sans frémir. Comment pardonner lorsque le bourreau n’a même pas conscience de ses crimes et les explique par des raisons inexcusables ?
Nous avons atterri le matin à Santiago. L’après-midi, un chauffeur de taxi amoureux de son pays nous guide dans la ville. Surprise. Les gens circulent, paisibles. Partout, les amoureux se bécotent sans gêne. Ici, on s’embrasse comme dans la France new age des années 80 : longuement et carrément.
Vue de si loin, la France me parait triste et prude. Vue d’ici, la querelle du CPE semble bizarre.
Très fier, notre guide nous montre tous les bâtiments universitaires. Ce sont d’anciens immeubles. C’est un peu comme si, chez nous, l’éducation nationale louait les immeubles chics du boulevard St Germain pour y donner des cours.
Note 2/12 : SANTIAGO DU CHILI, après midi du 1er avril
A Santiago, les rues du centre ville sont propres et l’on sent une bonne énergie. Est-ce déjà le miracle de l’arrivée au pouvoir de Michelle Bachelet ? De ce que je peux lire en espagnol, le Chili s’extasie sur sa nouvelle présidente. Un air de jeunesse flotte dans le pays, un parfum de bon sens qui chasse les miasmes du passé.
Voici le palais de la Moneda. Je devrais faire parler le chauffeur sur Allende mais je n’ose pas. J’ai peur de rouvrir chez ce chilien des plaies qui commencent à peine à cicatriser.
Soudain, j’aperçois une statue et reconnais la silhouette d’Allende. Incroyable ! Je pensais que son souvenir était encore tabou. Nous nous arrêtons et le chauffeur m’indique la fenêtre du palais où l’on a vu Allende pour la dernière fois.
L’intérieur du palais présidentiel est ouvert au public. A l’entrée, des policiers débonnaires fouillent les visiteurs. Tout ici est tellement paisible ! Je ne peux m’empêcher de faire la différence avec la place de mai visitée l’an dernier à Buenos Ayres et qui, elle, sent encore la souffrance.
En nous ramenant à l’hôtel, le chauffeur nous confie que, pour ce pays, l’Europe est un modèle politique. Un an avant, à trois mille kilomètres de distance, c’est que nous entendions aussi l’an dernier à Buenos Ayres. Moi, je sais que l’Europe tournée vers son ego méconnaît qu’elle représente un phare pour une partie du monde. Je me prends à rêver d’une géopolitique où, à côté des grandes puissances qui labourent notre planète de leur soc implacable, deux ensembles démocratiques témoigneraient d’une autre façon de voir la vie communautaire de demain, l’un au nord en Europe et l’autre en Amérique du sud.
SANTIAGO DU CHILI, matinée du 2 avril
Ce matin, nous retournons au centre de Santiago. Le métro est moderne et propre
Sur la place d’armes, une magnifique statue en pierre évoque la mémoire des premiers habitants du Chili. Je mitraille de photos.
La cathédrale est immense et vide. Une cloison la coupe en deux. Bientôt, le nombre des chrétiens diminuera tellement qu’il faudra encore avancer la cloison. Dela moitié au tiers, puis du tiers au quart. Bientôt, ce sera encore trop pour les rares chrétiens. Est-ce la mort de Dieu ? Mais non, mais non...
Dieu, ne trouvant plus personne dans les églises, les déserta pour rejoindre le cœur des hommes …
Retour au palais de la Moneda. Un policier tranquille m’informe que la statue de Salvador Allende vue hier a été érigée il y a quatre ans, à un moment où l’ombre menaçante de Pinochet planait toujours sur le pays. Courageux.
La statue se trouve en bas des deux fenêtres du palais de la Moneda où on a vu Salvador Allende pour la dernière fois, le 11 septembre 1973. Elle tourne le dos au ministère de la justice dont on perçoit l’entrée. Est-ce un symbole ? Le Chili tourne la page, mais de nombreux anciens bourreaux n’y seront pas, semble t-il, inquiétés.

Justice ou paix, que choisir? Que doit faire l’homme politique ? Ce fut notre problème en France après la guerre. Il y eut justice, mais pas toute la justice. De Gaulle ne le voulait pas, car l’énergie devait se déployer prioritairement vers la reconstruction.
Présenté de cette façon, le problème est mal posé. Et si l’on disait plutôt : justice et pardon ? Cela signifierait : ne pas attendre que justice soit faite pour accorder le pardon. Pardonner même si justice n’est pas encore faite. Par égoïsme bien compris. Car lorsqu’il y a offense, l’offenseur frappe deux fois. Par l’offense, puis par la blessure laissée chez l‘offensé et qui se ravive bien après. L'offensé peut pardonner pour ne pas se laisser blesser à l’infini.
Dans le palais de la Moneda, je remarque un étrange pilier pourvu de deux jambes. Le sexe est caché par une grosse conque. On dirait le bas d’un homme langé comme un bébé.

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ARRIVEE A L'ILE DE PAQUES
Où est elle ?
L'île de Pâques est "perdue" au milieu du pacifique. Regardez ce globe terrestre visionné à l'aide de Google earth. L'île est au milieu, à 4000 km à l'ouest de Santiago du Chili et à 4000 km de la polynésie.
A présent, on met le zoom et voici la carte de l'île. Une vague forme triangulaire de 20 km en longueur et 12 km en hauteur.
Arrivée à Mataveri, 2 avril
A cinq heures de vol de Santiago, l’avion se pose rudement sur le petit aéroport de Mataveri dont la piste traverse l’île de Pâques de part en part.
Pas de problème pour la longueur d’atterrissage : c’est la piste de secours des navettes spatiales.
Nous sommes accueillis par notre hôtesse, une polynésienne nommée Maria Goretti. Le ciel est si pur qu’il suffirait d’étendre le bras pour toucher les étoiles. Un mince croissant de lune ponctue la voûte de son C majuscule.
« la lune ment, dit-on. Quand elle montre un C majuscule, on croît qu’elle croît mais elle diminue. Quand elle fait un D majuscule, on croit qu’elle Décroît, mais en fait elle grossit. » Est-ce le cas dans l'hémisphère sud ?
Dîner léger à l’hôtel en compagnie de deux touristes français qui ont pris leur retraite à Papeete et reviennent d’une escapade au désert de sel d’Atacama, au nord du Chili. Nous sommes fatigués. J’additionne: 22 h plus 8 heures de décalage horaire donnent six heures du matin en France.
Dodo.
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HANGA ROA - lundi 3 avril
A l’aube, le chant du coq me réveille. Je pense au proverbe appris hier soir (« la lune ment ») et me sens « gros » d’un conte à accoucher Je me réfugie dans les toilettes de notre petite chambre avec mon ordinateur portable et esquisse l’histoire, puis me rendors. Un peu plus tard, une file de poules passe devant la chambre en caquetant et me réveille à nouveau. Le ciel laisse courir des nuages splendides. Il fait un temps très doux.
Nous partons à pied vers notre premier site archéologique. C'est à tahai, à 1 km à peine de la pension Maria Goretti. La route goudronnée fait place à une piste en terre entre les dernières maisons du village.
Magnifique ! En contrebas d’une grande et grasse prairie, voici les premières statues de pierre, les « Moais ». L’une a été complètement refaite et les yeux sont peints avec des pupilles noires et l’iris blanc. Dans l’air léger du matin, les dieux de pierre de l’île de Pâques nous saluent.

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ILE DE PAQUES, LE SECRET DES MOAIS - (conte du 3 avril matin)
― Pourquoi la lune ment-elle, ma chérie ?
― Parce ce que, quand on voit la lune en "C majuscule", on croit qu’elle croît mais ce n’est pas vrai, elle diminue et va vers la nouvelle lune. Et quand on voit un "D majuscule", on croit qu’elle décroît, mais c’est faux, elle grossit et va vers la pleine lune. La lune ment, mon amour.
― Pourquoi ment-elle ?
― Parce qu’elle est une femme et qu’elle est obligée. Car autrefois, il y avait une seule femme, la lune. Elle vivait avec le soleil et était invisible à cause de l’éclat de son mari. Le soleil était toujours occupé à faire quelque chose et la femme n’avait pas ce que veut tout femme.
― Que veut toute femme, ma chérie ?
― Etre désirée, être caressée, être préférée. Et surtout, surtout, surtout, avoir un enfant, avoir un enfant, avoir un enfant. Mais le soleil était occupé à bien autre chose.
Alors, un jour, la lune vit l’homme oiseau qui habitait sur l’île Rapa Nui, à mille jours de bateau de toute terre, et elle se dit « l’homme oiseau est si loin de tout qu’il ne dira pas ce qui va se passer. La lune descendit jusqu’à l’île et l’homme oiseau la fit entrer dans une grotte. Il la désira, la caressa, la préféra et lui fit un enfant.
Mais le soleil voit tout, sait tout, dirige tout. Lorsque la lune sortit de la grotte, il lui demanda ce qu’elle avait fait et, pour la première fois, la femme mentit. Alors, le soleil se fâcha et créa la nuit pour ne plus voir sa femme.
Un peu plus tard, la lune sentit qu’elle était grosse. Elle posa ses pieds dans la mer de part et d’autre de Rapa Nui, l’île perdue à mille jours de bateaux de toute terre, là où vit l’homme oiseau. Puis elle accoucha de trois mille six cents enfants de pierre qui tombèrent sur l’île, comme ça. Elle les appela Moais, enfants de pierre, les enfants du premier mensonge qui jamais ne diront leur secret. Si tu vas là bas, tu les verras.
― C’est une histoire un peu triste, ma chérie
― Très triste, mon amour.
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HOMME OISEAUX, MURS INCA ET DESASTRES, mardi 4 avril
Nous nous joignons à un groupe pour une première excursion.
L’île de Pâques est le sommet émergé de trois petits volcans éteints et nous nous rendons au premier, à 4 Km du village.
Du bord du volcan, nous regardons le lac en contrebas, une étendue d’eau de 400 mètres de diamètre couverte de taches herbues. On dirait du moisi de volcan. C’est maléfique. Quelle horreur si nous glissions là dedans ! Un vrai bourbier de sorcière.
Il fait très beau. Quelques nuages courent sans obscurcir le ciel, juste assez pour faire des jeux d’ombre sur le relief. Le chemin continue sur le bord du volcan, jusqu’à l’ancien site pascuan de Orongo. Nous regardons les anciennes maisons faites de pierre, toutes basses et où l’on ne peut entrer qu’en rampant, puis poursuivons sur le bord de la falaise.
Soudain , c’est l’éblouissement. En contrebas, à 2 km du rivage, voici l’île des « hommes oiseaux ». Grande (ou petite) comme la place de la concorde, elle se détache sur une mer d’un bleu intense qui se fracasse sur les rochers dans un ballet d’écume.
Le mot « hommes oiseaux » que j’avais vu sur des dépliants touristiques me fascine mais les explications de la guide me navrent. J’avais rêvé de l’impossible : des hommes avec des ailes qui volaient jusqu’à l’île. En fait, les « hommes oiseaux » étaient les vainqueurs d’une compétition annuelle dans laquelle il fallait gagner l’île à la nage, y débarquer sans se tuer sur les rochers, et être le premier à trouver l’œuf. Cela pouvait durer des jours, voire des semaines.
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AHU VINAPU, mardi 4 avril – INCAS OU NON ?
La visite se poursuit avec « l’ahu Vinapu ». Les "Ahu" sont des amas de pierre sur lesquels les anciens pascuans posaient leurs statues.
Celui- ci est original. Au lieu d’entasser d’être des pierres les unes sur les autres, les bâtisseurs ont installé d’énormes blocs jointoyés à la perfection.
Comme chez les Incas.
De là à imaginer que l’île de Pâques vit arriver des incas par la mer, il n’y avait qu’un pas. C’est l’hypothèse que fit l’archéologue Thor Heyerdahl lorsque, quelques années après avoir traversé le pacifique sur son radeau Kon Tiki, il vint passer ici plusieurs mois pour découvrir les secrets de l’île.
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LES STATUES RENVERSEES, 5 avril
Premier grand tour sur la côte sud de l’île. « Grand tour » est exagéré : une vingtaine de kilomètres, tout au plus, menant de l’unique village de l’île (Hanga Roa) jusqu’au fossé des « longues oreilles » dont je raconterai l’histoire une autre fois.
Partout, les statues de pierre (les Moais) gisent sur le sol, entiers ou brisés. Que s’est-il donc passé ? Songeons.
Imaginez un endroit coupé du reste du monde, par exemple une île perdue dans le pacifique, avec quelques milliers d’habitants. Mais je pourrais aussi prendre pour mon propos un endroit isolé dans l’espace intersidéral, avec quelques milliards. Vous me suivez ?
Dans un premier temps, ça va. Il y a sept tribus qui se répartissent le territoire et vivent vaille que vaille côte à côte (je pourrais aussi prendre pour mon propos cinq continents et quelques centaines de nations). Les gens déploient une énergie considérable pour vivre. Ils s’inventent des dieux. Ici, les dieux sont en pierre et l’on pourrait discuter sur le bien fondé du phénomène religieux par lequel les humains déploient depuis toujours une énergie considérable. Ici, ce sont dix mille statues de plusieurs tonnes façonnées avec des galets de pierre taillée. Les statues ont été transportées sur tout le tour de l’île, puis érigées. Elles ont le regard tourné vers le ciel, comme l’ont tous les hommes qui ont une religion.
Ici, chaque tribu a ses statues et, pendant des siècles, les hommes s’entre aident sur ce minuscule territoire. Il doit bien y avoir quelques conflits, peut-être même quelques guerres, mais sans menacer la survie du peuple pascuan.
Et puis, il y a 400 ans survient une autre histoire qui va tourner vraiment mal. Tout d’un coup, vers 1680, ce petit peuple perdu au milieu du pacifique et dont la survie dépende du degré de cohésion sociale, se met à se chamailler, puis guerroyer clan contre clan. S’ils se contentaient de tuer, violer et prendre les richesses du voisin, ce serait une guerre banale. Mais ici, pour blesser l’autre au cœur, on lui renverse ses dieux, on jette bas ses Moais. Bientôt, la quasi-totalité des dieux de pierre gisent sur le sol, le nez dans la terre rouge. Détruit par la vengeance de vengeance qui engendre la vengeance sans fin, le peuple de Rapa Nui, l’île de Pâques s’entretue et se trouve bientôt réduit à quelques centaines d’habitants. Le premier navigateur à atteindre l’île en 1722 le jour de Pâques, un hollandais, n’y comprend rien. D’un côté il voit des statues colossales et de l’autre une peuplade misérable de loqueteux mourant de faim.
Songeons. Quatre cents ans plus tard, quelques milliards d’individus vivent sur la terre. Leur survie dépend de leur cohésion sociale à l’échelle de leur planète. Vous me suivez ?
Voilà à quoi je pense en regardant les Moais face contre terre. Je pense que la meilleure façon de détruire notre planète, c’est de briser les dieux des diverses religions, même si on ne croit pas à celles-ci.
Voilà le cours de mes pensées tandis que je regarde les Moais renversés.
Le soleil rayonne sournoisement, sans doute un trou d’ozone sur l’île. Je le savais, mais j’ai oublié d’emporter un couvre chef. A une boutique en plein vent, près d’un Moai brisé, j’achète à prix d’or un chapeau à larges bords.
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BORD DE MER ET MOAIS, 5 avril au soir
Avant le dîner, nous repartons voir le coucher du soleil sur le premier site de Tahai vu le premier jour.
Le soleil disparait derrière les "Moais" de pierre. Puis la nuit tombe très vite : nous ne sommes pas loin du tropique.
En revenant à pied à la pension, quelques pascuans à cheval nous dépassent, tranquilles et majestueux
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APERÇU APRÈS TROIS JOURS - Jeudi 6 avril 2006
1 - Situation géographique
Ile volcanique (3 volcans éteints), située à 3700 Kms à l’ouest du Chili et 4000 Kms à l’est de Tahiti, les deux terres les plus proches. L’île est vaguement triangulaire (20 Kms sur la plus grande longueur). 165 km2.
Elle appartient au Chili. Les 3000 habitants parlent soit pascuan s’ils sont îliens d’origine, soit espagnol s’ils sont chiliens.
2 - Vie et économie
L’île vit essentiellement du tourisme.
Tout ici est cher, car tout vient par avion cargo. Aucun port naturel. Les objets très lourds sont déchargés des bateaux sur un radeau. Une bouteille d’eau minérale coûte environ 4 euros. Tout le monde vit au village de Hanga Roa, près de l’aéroport où, trois fois par semaine, atterrissent les avions de la ligne Santiagodu Chili – Ile de Pâques, Papeete.
Nous mangeons surtout du poisson, des pommes de terre et des fruits locaux (goyaves, mangues, bananes).
3 – Climat et Végétation.
Nous nous attendions à trouver une terre désolée, rocheuse et brûlée par le soleil. En fait, le paysage est vallonné et herbeux. Imaginez un bout de massif central descendant doucement vers une côte bretonne déchiquetée, le tout sous le rayonnement ardent d’un soleil voilé de nombreux nuages. Des chevaux paissent en liberté un peu partout. Les oiseaux sont nombreux (des buses ont été introduites pour chasser les rats des champs qui pullulent). L’île est parsemée de bouquets d’arbres, notamment des eucalyptus. Il n’y a aucune maison en dehors du village.
4 – Histoire
Compliquée. Voici où j’en suis à ce jour de mes investigations livresques (car les auteurs ont tous des hypothèses différentes sur le mystère de l’île de Pâques)
Dans une premier temps (jusque vers 800 cap JC, des navigateurs venant du Pérou inca et/ ou des îles Marquises arrivent par radeau et font souche.
La seconde période va de 800 à 1680. Les indigènes regroupés en plusieurs clans taillent les statues de pierre (Moais) à la carrière d’un des trois volcans (le « Rano Raraku »). Ils les érigent sur de grands autels de pierre (les « Ahu »), en bordure de mer et face à celle-ci.

Les pascuans habitent des grottes ou, pour les hiérarques, de petites maisons de roseaux longues de 10 à 100 m de long et larges de 1,50 m pouvant loger 200 personnes.
La société est en effet assez fortement hiéréchisée avec un roi, des prêtres, des guerriers, des artisans, des esclaves (tout cela pour une population de 3000 personnes environ).
A la fin de cette période, deux classes sociales occupent l’île : les « longues oreilles », classe dominante, et les « courtes oreilles » qui bossent pour les premiers. La fabrique des Moais a t-elle ravagé l’île en la privant de ses forêts comme le prétendent certains ? J’en doute, car elle a duré plusieurs centaines d’années.
1680 : pour une raison mal cernée (surpopulation ?), début de la guerre civile. Massacres et cannibalisme. Chaque clan abat les statues se trouvant sur le territoire des clans voisins. Les « longues oreilles » sont presque tous exterminés.
En 1722, un premier navire hollandais aborde l’île, n’y trouve que peu d’hommes et aucune femme. Les habitants se sont réfugiés dans les grottes. Quelques autres arrivées de navires ont lieu au 18ème et début du 19ème siècle, dont celle de La Pérouse.
1862 : Déportation de la quasi-totalité des pascuans au Pérou. Les quelques survivants qui reviennent à l’île contaminent le reste de la population (vérole). En 1864, il n’y a plus que 111 habitants.
1882 et 1886 : expéditions scientifiques
Les chiliens annexent l’île en 1888 et la donnent en l’exploitation à une compagnie anglaise d’élevage de moutons. Regroupés et parqués dans un village unique, le peuple pascuan vit un véritable esclavage. L'exploitation du mouton ne cesse qu'en 1953.
1914:et 1934 expéditions scientifiques
1952 : expédition de Thor Heyerdahl et recherches archéologiques.
1970 : début du tourisme.
5 - Sites essentiels
Il y en a cinq :
Premier site : Orongo, le village en haut de la falaise, haut lieu des "hommes oiseaux et lieu des "pétroglyphes" sculptés dans la pierre. Nous en avons déjà une bonne idée.
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Duxième site : Ahu Akivi, le seul "Ahu" en plein centre de l'île, avec ses sept Moais. Y aller, de pr'éférence le soir au coucher du soleil.
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Troisième site : la carrière des « Moais » au pied du volcan Rano Raraku, visitée à la va-vite. Il serait intéressant que nous y retournions avec un guide tant l'endroit est central sur le plan historique et artistiques.
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Quatrième site : Tongariki, avecl’enfilade des quinze Moais de dans une crique battue par les vagues est un spectacle époustouflant, incroyable, magnifique.

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Cinquième site : la plage paradisiaque d'Anakena

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Quant aux multiples plates formes en bord de mer appellées « Ahus », nous n'aurons pas le temps des les voir toutes, il y en a 600.
Les Moais sont des statues de pierre de 2 à 24 m de haut. Les yeux étaient en corail avec de l’obsidienne pour la pupille. La plupart des Moais ont été renversés et sont brisés. Tous ont perdu leurs yeux au moment de la guerre civile.
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6 - Vie quotidienne
Nous sommes logés chez une pascuane nommée Maria Goretti, une polynésienne d’une cinquantaine d’années au visage nostalgique. Elle dirige fermement un petit monde de jeunes femmes souriantes.
Le jardin est pourvu de magnifiques arbres groupuscule : hibiscus, bananiers…
Quant aux fleurs… une merveille !
Au lever du soleil, un cortège de poules et poussins passe devant notre chambre. Ici, il y en a partout. Hier, j’ai vu une voiture s’arrêter tandis que mère poule et ses petits poussins traversaient paisiblement la route.
Il n’y a que deux excursions organisées : celle de l’ouest avec le volcan Rano Kau et les îles des hommes oiseaux, et le grand tour à l’est de l’île, avec les carrières de Moais. Tout au bout, on trouve la place paradisiaque de cocotiers, la seule de l’île.
Hier et avant-hier, nous avons découvert l’île avec ces deux excursions. Nous avons le projet de louer une voiture pour aller rêver aux endroits que nous aimons. Où qu’ils soient, nous y serons en moins d’une demi-heure.
Je passe mes soirées à ne rien faire. Ah si ! J’ai déniché dans la minuscule bibliothèque de notre logeuse « le crime de l’orient express » et le lis très lentement.
La seule concession à mon activité professionnelle est le cybercafé où je suis allé relever mes mails deux fois. La vitesse de transfert est de 52 kbits/sec.
Faut-il que j’aille aussi loin pour prendre enfin le temps de prendre mon temps ?
Pour ne rien faire ?
Pour rêver ?
Le ciel n’est qu’exceptionnellement dégagé. La plupart du temps, les nuages courent. Le soleil est traître et la peau rougit vite. Le rayonnement solaire est ici l’un des plus forts au monde à cause de la minceur de la couche d’ozone.
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HANGA ROA / jeudi 6 avril 2006
Ce matin, un homme nous a complaisamment ouvert la porte de l’école du village. Les gosses jouent comme partout. Ils comment à 8 h et finissent à 16h. Ils déjeunent à l’école depuis que le gouvernement chilien a octroyé des fonds pour la cantine. Les études supérieures ont bien sûr lieu à Santiago. Il y a un professeur d’anglais, un de français et de nombreux cours de pascuan.
Comme il fait chaud, je passe l’après midi à bouquiner les livres emportés de France sur l’histoire de l’île et peux donc maintenant vous raconter la légende du « fossé des longues oreilles ».
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Légende du « fossé des longues oreilles ».
A cette époque, deux peuples cohabitaient à l’île de Pâques. Les premiers accrochaient des poids à leurs oreilles pour les allonger, ce qui fait qu’on les appelait les longues oreilles. Ils étaient énergiques et aimaient faire travailler les autres, c’et à dire les « courtes oreilles ». Les travaux pénibles se succédaient pour ceux-ci.
Un jour, les courtes oreilles se révoltèrent et les longues oreilles s’enfuirent à « Poike ».
Poike, c’est la presqu’île à l’est de l’île de Pâques, à peu près 5 km sur 3 km. Au centre, il y a le volcan Ranu et tout autour, une falaise infranchissable (la photo que vous voyez est prise du sommet de l'île de Pâques)
Iko était le chef des longues oreilles. Il fit agrandir le fossé volcanique existant entre l’île et la presqu’île et y fit entasser des branchages pour allumer le brasier au cas où les courtes oreilles les attaqueraient. Les longues oreilles s’étaient retranchés dans cette forteresse.
Mais Dalila est de tous les cieux. Ici, la traîtresse s’appelait Moko Pingueï. Elle fit passer en douce les courtes oreilles qui se déployèrent le long des falaises. Au signal, les courtes oreilles encerclèrent les longues oreilles de tous les côtés, celui du fossé et celui du haut de la falaise. Les longues oreilles allumèrent le bûcher… et y périrent tous, brûlés.
Un seul survécut, Ororoïna qui fit souche et qui avait encore, six générations plus tard, quelques descendants. C’est du moins ce que raconta le maire du village, l’un d’eux, à l’archéologue Thor Heyerdahl qui la relate dans son livre passionnant (Aku Aku, le secret de l’île de Pâques – Albin Michel).
A midi, nous avons déjeuné à l’excellente « taverne des pêcheurs » tenue par un français. Les touristes français de Papeete sont nombreux à venir à l’île de Pâques et la réputation du restaurant est tahitienne… et même mondiale
Regardez : la fenêtre près de notre table s’est laissée traverser par une végétation incongrue.
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ABECEDAIRE DE L 'ILE DE PAQUES EN MILIEU DE SEJOUR
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Peu à peu, nous apprenons l’île. Pour y voir plus clair, je rédige aujourd’hui un abécédaire.
A comme Ahu (prononcer AHOU)
Les Ahu sont des plate formes en pierre, doucement inclinées vers l’intérieur de l’île et pourvues d’un mur haut de 1 à 3 mètres côté mer. A leur sommet se trouvaient un ou plusieurs Moais.
La plupart des Ahu sont faits de gros galets entassés les uns sur les autres. Certains Ahu sont composés de plaques de pierre finement ajustées entre elles comme dans les monuments inca (comme l’ahu Vinapu déjà mentionné).
Cette particularité jointe à quelques coutumes pascuanes (comme les barques en jonc) proches de celles des inca ont entraîné des archéologues (et en premier Thor Heyerdahl ) à penser à un peuplement de l’île en provenance d’Amérique du sud. D’ailleurs, les premiers espagnols ont recueilli des témoignages de péruviens parlant d’une expédition maritime aller retour vers la Polynésie, au début du 16ème siècle
Il y a environ 600 Ahu sur l’île, la plupart en ruines.
A comme ANAKENA
Anakena est la seule plage de sable de l’île et le lieu eu préféré de débarquement des navigateurs. C’est ici qu’aurait débarqué le fondateur mythique de l’île, le roi polynésien Hotu Matua (vers le 8ème siècle ?) Certains gros matériels sont encore débarqués ici (les bulldozers, ou les grandes grues japonaises qui ont servi à redresser les Moais*).
Anakena est un coin paradisiaque avec des cocotiers offerts par les îles polynésiennes. L’eau y est tiède à souhait et les petits grains de coquillage brisés sont comme du sable. Sous l’œil impassible des Moais redressés ici il y a quelques années, la baignade est… hmm ! délicieuse !
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A comme AKIVI
Akivi est le seul des Ahu* situé à l’intérieur des terres, à environ 2km des cotes. Ses sept grands Moais ont été restaurées et dressées. Ce sont les seules qui regardent la mer.
Certains disent qu’elles ont les yeux tournés vers les îles Marquises, à 3000 km, car c’est de ces îles que seraient arrivés les premiers pascuans, dans d’immenses pirogues conduites par le légendaire premier roi, Hotu Motua.
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C comme CANNIBALISME
Il fut courant dans l’île jusqu’au 19ème siècle. Qu’est-ce qui se passerait dans votre tête si vous saviez que votre arrière grand père a mangé ses voisins ?
Pour faire sortir quelqu’un de ses gonds, il suffisait de lui dire qu’on avait mangé quelqu’un de sa famille. Cela appelait vengeance immédiate.
Selon la tradition orale, ce sont les doigts et les orteils qui sont le plus savoureux.
C comme CLIMAT
Nous avons séjourné à l’automne puisque nous étions dans l’hémisphère sud, avec une température de 20 à 25 °C. Un pascuan nous a dit que le refroidissement moyen de l’île était patent depuis plusieurs années, contrairement au « réchauffement » à d’autres endroits de la planète. Le ciel tel que vous le voyez sur cette photo est représentatif de celui que nous avons eu tout au long du séjour.
Il est généralement nuageux et très changeant. Quand il cogne, le « frangin » darde d’impitoyables rayons.
Il a plu toutes les nuits et les précipitations iront en augmentant avec les mois d’hiver.
Le soir, la nuit très pure cloutée d’étoiles est un spectacle inoubliable.
L’eau est rare. Elle ruisselle vers la mer lorsqu’il pleut et il n’y a aucune source, ce qui explique le peuplement exclusivement côtier des pascuans. Les anciens avaient creusé des puits en bordure de mer pour atteindre la nappe phréatique et nous en avons vu en activité, utilisés pour l’élevage des chevaux et des vaches.
C comme CHEVAL (avec quelques vaches)
Ils sont très nombreux dans l’île, la plupart en liberté. Introduits vers les années 1960 comme moyen de transport, ils sont encore montés par les pascuans qui circulent dans le village ou en dehors, fièrement montés. Les vaches, elles, sont rarissimes.
« Il y a trop de chevaux, nous a assuré une pascuane, et nous ne mangeons pas de viande de cheval. Il va falloir trouver une solution. »
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C comme CHILI
1500 chiliens vivent sur l’île, en nombre égal aux pascuans de souche, qui les aiment de façon variable. Certains rêvent d’un rattachement à la France.
Assise à la terrasse d’un café pendant que je pianotais au cybercafé, nous avons écouté l’apôtre de l’indépendance de l’île, un homme barbu et majestueux qui se promène de long en large dans la rue principale. Il a longuement parlé de ses activités internationales exclusivement politiques, de l’ONU, de l’Unesco, de Paris etc. Son idée est d’obtenir du Chili une réparation financière pour tous les torts causés aux pascuans dans le passé et d’assurer ainsi l’indépendance de l’île. Quand je les ai rejoints, il montrait à Hélène l’objet de son combat actuel : une carte d’identité pascuane. IL nous longuement expliqué les problèmes qu’il avait avec la taille de celle-ci.
En écoutant l’épisode, notre guide pascuane a ri et nous a dit que l’homme faisait partie du folklore local.
D Comme DEPORTATION
En 1862, les péruviens arrivèrent à l’île de Paques pour « s’approvisionner » en hommes de peine afin d’assurer l’exploitation du guano sur les côtes sud américaines. 1000 hommes partirent en esclavage, dont le dernier roi.
L’évêque de Tahiti intervint vigoureusement auprès du gouvernement péruvien et obtint leur rapatriement, mais 100 hommes revinrent seulement. Ils étaient atteints de la variole et une épidémie s’en suivit sur l’île. En 1864, il ne restait plus que 111 personnes sur l’île de Pâques.
E comme ESCLAVAGE
Les épreuves des pascuans n’étaient pas terminées. En 1888, la compagnie Williamson
et Balfour achetèrent l’île au Chili pour y élever des moutons. Les pascuans furent regroupés en un seul village, Hanga Roa, qui fut alors ceinturé de barbelés. Le jour, ils partaient s’occuper des moutons et le soir, rentraient au village. Il était interdit de sortir sans autorisation.
Les vieux pascuans se souviennent encore de cette époque qui dura jusqu'en 1954. Une jeune pascuane nous a montré les murs de pierre que devaient édifier les gens. « Ma grand-mère m’a parlé de cette époque », nous a-t-elle dit les larmes aux yeux.
E comme ETHNOLOGUES et ARCHEOLOGUES
Quatre savants ont surtout étudié l’île : l’anglaise Routledge en 1914, le français Métraux en 1935, le norvégien Thor Heyerdahl en 1962 et le français Francis Mazières en 1965. Tous les ouvrages parus depuis et toutes les études s’inspirent de leurs écrits.
E comme EUGÈNE EYRAUD
Un français, le religieux Eugène Eyraud, arriva sur l’île en 1864.
Malgré les mauvais traitements dont il fut d’abord l’objet, son amour des pascuans fut si grand qu’il gagna peu à peu leur cœur. Il mourut sur l’île en 1866.
F comme FAUNE ET FLORE
Petits moustiques l’après midi et le soir.
Côté faune (hormis les chevaux), nous avons vu beaucoup de buses. Aucun mouton : ceux des exploiteurs écossais de la « compagnie » ont dût laisser de mauvais souvenirs et les pascuans les ont tous mangés lorsqu’ils ont quitté l’île.
Ah ! J’oubliais : des poulets partout partout partout. Des coqs et des poules. Pour les anciens pascuans, c’était la seule viande (à part celle fournie par le cannibalisme, bien sûr.)
F comme FOSSÉ DES LONGUES OREILLES
Long de 4km, c’est une tranchée située à l’est de l’île et qui sépare celle-ci de la presqu’île de Poike. Autrefois profond de 4m et large de 12, il a été comblé depuis par l’érosion.
La légende dit que les « longues oreilles » y furent tuées et brûlées vives par les « courtes oreilles » dans le bûcher qu’ils avaient préparé à leur intention. Mais les « courtes oreilles » se révoltèrent et, grâce à une traîtrise, anéantirent tous leurs ennemis sauf Ororoina qui eut une nombreuse descendance.
H comme HOTU MOTUA
Selon la légende, le premier roi de l’île de Pâques arriva de Polynésie. Deux grands bateaux abordèrent l’île avec chacun 400 personnes. Après sa mort, ses sept fils se partagèrent le territoire de l’île et donnèrent naissance aux diverses tribus. Chacun des tribus avait en fait un petit territoire grand comme une commune moyenne de France (quelques km 2)
H comme HOMME OISEAU*
Comment le devenir ? (cen sera expliqué dans la dernière note 12/12)
Les statuettes de l’homme oiseau constituent le second sujet de production de figurines des boutiques pascuanes, la première grosse source d’inspiration étant celle des Moais.
K comme KAVA KAVA
Génie bizarre et second sujet favori des sculpteurs de l’île qui en produisent une quantité industrielle pour les touristes. Il a tout pour faire peur : côtes décharnées, sexe obscène, bras maigre et visage terrifiant. Mais, parait-il, les maisons dont il orne le seuil sont protégées des mauvais esprits.
Lisez les vieilles légendes de l’île de Pâques et oubliez les. Puis écrivez, écrivez sur Kava kava.
C’est un cadavre semi putréfié, il revient me voir à la nuit tombante, les côtes saillantes sous une peau desséchée
Il a le vendre vidé de ses entrailles, grouillant de vers.
C’est Kavakava
Il m’a dit : « je suis le maître »
Les gens ne m’ont pas cru lorsque j’ai dit que je connaissais Kavakava
Alors je vais rentrer dans l’eau et prendre l’apparence d’un phoque.
J’attraperai Kavakava
J’ai attrapé Kavakava
On l’a lapidé, on l’a fait cuire.
Mais quand on l’a sorti du four, il était encore cru.
Alors les gens ont dit : « c’était vraiment un esprit
C’était Kavakava. »
L comme LONGUES OREILLES
Les « longues oreilles » étaient obtenues en accrochant des poids de plus en plus lourds au lobe. Les statues légendaires de l'île, les Moais, ont toutes des longues oreilles sur le côté
M comme MAKE MAKE
C’est le dieu de l’île, la source de tout. Comment fait-il ? Ecoutez les légendes !
Makemake trouve une cabasse pleine d’eau, il se masturbe et fait jaillir sa semence dans l’eau.
De la chair apparaît, elle flotte. Mais ça n’est pas bon.
Alors Makemake copule avec des pierres, celles qui ont encore des trous que l’on voit aujourd’hui
Puis dans de l’argile où il se masturbe à nouveau.
Voilà la vie.
C’est bon.
MANA
Force spirituelle recherchée par tous les anciens pascuans. Selon eux, c’est le « Mana » du roi qui permettait de déplacer les Moais de la carrière jusqu’à leur emplacement distant de plusieurs km.
M comme MOAIS
Légendaire statues de l’île de Pâques, universellement connues. Elles ont été sculptées dans le « tuf » volcaniques (pierre légère formée par l’agglomération de cendres projetées par les volcans).
Le front est court, le crâne inexistant. Les Moais achevés montrent deux profondes cavités pour les yeux de nacre munis de pupilles d’obsidienne.
Les Moais étaient recouverts d’un chignon rond de pierre rouge volcanique pensant plusieurs tonnes. Comme si cela n’avait pas été déjà assez difficile d’ériger le Moai proprement dit ! Ils étaient vraisemblablement montés à l’aide d’une rampe de cailloux, puis posés sur la tête.
Tous les archéologues sont d’accord sur la fabrication des Moais. L’examen de la carrière du volcan Rano Raraku est très explicite à ce sujet (voir plus loin)
On en a recensé 887 Moais sur l’île, dont 397 sur la seule carrière du volcan Rano Raraku
N comme NAVIGATEURS
Le premier européen qui découvrit l’île fut le hollandais Roeveggen en 1722. Il fut suivi en 1770 par un espagnol, puis en 1774 par Cook et en 1786 par la Pérouse. Quelques
bateaux russes et anglais abordèrent au 19ème siècle jusqu’à la grande DEPORTATION.
Les équipages de navigateurs eurent des comportements allant de la plus grande cruauté à la plus belle humanité. De leur côté, les pascuans se taillèrent une réputation de voleurs, chipant le moindre des objets soit à terre, soit lorsqu’ils étaient emmenés à bord.
Les femmes s’offraient volontiers aux Certains expliquent ce comportement par l’obsession pascuane de lutter contre la consanguinité.
O comme ORONGO
Situé à l’extrémité ouest de l’île, en haut de la falaise du volcan Ranu Kao, c’est un lieu mythique de la culture pascuane. Il y avait là le village des hommes oiseaux* qui s’y préparaient à la compétition annuelle. L’ancien groupement de maisons a été rebâti à l’identique. Ce sont des habitations très basses en pierre dans laquelle on pénètre à genoux par un tunnel étroit.
Du haut d’Orongo, on aperçoit un groupement de trois îles, mythiques elles aussi (voir plus loin à « voulez vous être un homme oiseau ? »
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P comme POEMES
Les anciens pascuans ne nous ont pas laissé grand-chose, mais suffisamment pour m’aider à rêver. Quelques siècles après, je me nourris de leurs poèmes.
Mon amour, tu te meurs d’amour
Tu es comme un crabe qui se cache sous l’Ahu d’Akurenga
Tu es un poisson à chignon rouge et nage vers le rivage.
Petit poisson, ô mon amie
Je te nourrirai de mes algues.
.......
R comme RAPA NUI
Nom actuel de l’île de Pâques.
C’est aussi le nom de la langue pascuane qui est apparentée à celle des autres îles de Polynésie. L’autre nom de l’île est : « Te Pito Te Henua », ce qui signifie : « le nombril du monde »
R comme ROUTES
Il n’y en a que deux goudronnée sur l’île. L’une part du village, longe la côte sud et arrive au célèbre Ahu des 15 Moais de Tongariki. Puis elle suit le « fossé des longues oreilles* » sur 4km et longe la côte nord est jusqu’à la plage d’Anakena en se transformant en piste.
La seconde va directement du village jusqu’à la plage ( 20 km) en se faufilant entre le grand volcan Terevaka ( 500 m de haut) et le volcan Ranu Raraku où se trouve la "carrière" des Moais
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S comme SEBASTIAN ENGLERT
Il fut curé de l’île de Pâques de 1934 à 1969. « Un homme d’une exceptionnelle envergure spirituelle et humaine » selon Thor Heyerdahl qui le loua, et « un « curé allemand ayant évidemment fait la guerre de 14 » selon Francis Mazières qui le détesta. ON voit ici la photo du prêtre avec un Kavakava.
Cette personnalité controversée apporta à l’île une nouvelle structure sociale après les immenses épreuves subies à la fin au cours des trois siècles précédents.
Thor Heyerdahl relate une parole impressionnante. Des pascuans étaient mort noyés en bord de mer (dont un enfant) et, en tenant de les sauver, un membre de l’expédition norvégienne s’était fait chiper sa montre.
« Quel malheur !fait Heyerdahl aux obsèques
– Le plus grand n’est pas la mort, mais le vol, fait Englert. Car tout le monde est obligé de mourir, mais personne n’est obligé de voler »
La plupart des pascuans sont catholiques. La messe des rameaux à laquelle nous avons assistée était très fervente.
Les pascuans se signent lorsqu’ils passent devant l’église, même lorsqu’ils sont en voiture
T comme TONGARIKI
Le plus grand des Ahus, à l'est de l'île. Il dresse fièrement ses quinze grands Moais face à la mer dans une crique.
V comme VOLCANS
Trois volcans éteints se trouvent aux trois pointes de l’île. Le plus élevé, TEREVAKA, fait R00 m de haut. On y accède en 4*4 par une piste délabrée. Le second est le RANO RARAKU où se trouve la carrière des Moais et le troisième est le RANO KAU dont le cratère érodé donne sur les trois îles de l’homme oiseau.
Les obsidiennes (lave solidifiée) jonchent littéralement le sol à certains endroits. Les anciens pascuans s’en servent abondamment comme outillage ou pour leur art.
Le rivage de l’île de Pâques n’est que rochers et pierres volcaniques d’un noir sale, comme si un incendie venait d’avoir lieu. Les blocs sont déchiquetés, torturés, effrayants.

Ailleurs, à l’intérieur, la terre est rouge.
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V comme VEGETATION
A l’intérieur, l’herbe sur les collines fait penser à un doux paysage français de vallons et collines.
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